Olivier Domerg

  • La somme de ce que nous sommes relève, surtout et avant tout, du règne de l'enfance et des lieux qui lui sont indéfectiblement attachés ; où elle a pris corps, et, disons-le, racine. La « somme », dont il est question, est donc, d'abord, celle des lieux ; et dans chaque lieu, celles des expériences et des sensations intrinsèques qui leurs sont redevables, dont ils constituent « la source », le point d'ancrage, et, en même temps, la « caisse de résonance ». C'est à la découverte d'une « géographie constitutive et essentielle »que nous entraîne ce livre.

    À travers trois lieux principaux et non clos sur eux-mêmes (puisqu'ils ouvrent les uns sur les autres, et ouvrent également chacun sur d'autres lieux, proches ou plus lointains), l'enfance s'énonce le plus souvent au présent - dans le présent des faits et gestes, des "aventures" modestes, des épiphanies et expériences, qui la marquent et la nourrissent durablement. Si quelques noms propres circulent ici et là, ces trois lieux ne sont pas nommés ou situés autrement que par leur désinence générique et enfantine : « Le jardin », « Le ruisseau », « L'île ». Car ces lieux valent pour tous et pour chacun, ils sont de l'ordre d'une « expérience commune », ou, tout au moins, d'une expérience partageable ou partagée.

  • Ce livre est le deuxième volet d'un ensemble de trois livres consacrés par l'auteur à la Sainte-Victoire. Au départ de cet ensemble, il y a une situation géographique et une hypothèse. La situation géographique génère un rapport physique et obsédant au motif, puisque la montagne ne cesse d'apparaître, placée qu'elle est au levant, au point le plus haut, dans l'axe du chenal qui scinde la ville de Martigues en deux, tout en reliant la mer à l'étang. L'hypothèse, elle, serait que, depuis Cézanne, la référence nous aveugle. « Depuis, on ne voyait plus [la montagne], ne pouvait plus la voir, telle qu'en elle-même ». D'où, la volonté de l'auteur, d'une part, de questionner tout autant cet héritage que la représentation ; et, d'autre part, de déplacer, et, peut-être, de bousculer la vision, pour essayer, pour le moins, de la voir autrement : d'en proposer une autre perception.

  • Dans ce livre, qui prend parfois les allures de « symphonie urbaine » puisqu?il est composé d?un « prologue », de quinze « mouvements » et d?un « final », Olivier Domerg nous invite à nous interroger sur les sensations que procurent les lieux, et plus précisément, sur ce que serait « la sensation du lieu » et sur ce qu?il désigne par « le lieu comme sensation ». Ce lieu, en l?occurrence, est une place ; et, comme toutes les places, un lieu « ouvert », par excellence, sur le paysage urbain, les rues, le ciel, les flux qui s?y croisent, et sur la ville elle-même, dont elle est souvent le centre. Lieu évidemment de passage, mais aussi de « rencontre » et de « retrouvaille », de « pauses » et de « flâneries ». Un endroit où la ville semble faire corps avec elle-même, se condenser et à la fois se déployer ; et où quelque chose d?un plan, d?une forme et d?un sens s?affirment. Se donnent à voir et à entendre.
    EN LIEU ET PLACE est donc et n?est donc pas un livre sur une place précise, et clairement nommée, la place Ducale, à Charleville- Mézières. Pour autant, si cette place n?est pas n?importe laquelle, elle vaut et vaudra pour toutes les autres. Et ce livre, parle et parlera, à travers elle, de toute place. De toutes les places.
    En tant que place, elle est et sera, à la fois, unique et universelle, singulière et exemplaire ! Elle se présente, dès lors, pour l?auteur, moins comme parangon que comme « modèle vivant », sujet réel d?étude en acte et en direct ; puisque tout entre en ligne de compte, l?architecture, les conditions de lumière et de ciel, le lieu en tant que tel, son instance, sa présence, son histoire et sa prestance ; et tout ce qui y passe ou y survient : les gens, leurs déambulations, leurs stations éventuelles, leurs déboulés automobiles, leurs « évitements ou collisions », et même et pourquoi pas, leurs cris, leurs expressions, leurs éclats de rire, leur « chorégraphie involontaire », leurs conversations.
    Sans être un essai, ce livre, extrêmement littéraire et nourri de littérature, pose des questions pertinentes : de quoi les places sont-elles le lieu ? Qu?induisent-elles dans la ou les villes ? Que produisent-elles sur nous, en terme de relation à l?espace, d?appréhension d?une ville, ou, tout simplement, de «sensations» ? Et, qui plus est, fabriquentelles également du « nous » ? attitudes, façons de se croiser, de se retrouver, d?évoluer sur la même aire, de se rassembler et de partager ? ne serait-ce que cet apaisement, ce besoin de « faire halte en ce lieu qui s?y prête » ; que ce plaisir spatial, sensoriel ou esthétique que l?on peut y ressentir. L?hypothèse, avancée ici par l?auteur, est qu?une place, lorsqu?elle est en tout point réussie, qu?elle remplit son rôle et sa fonction, nous dit beaucoup sur « la façon dont une ville respire », et, « en ce lieu », chacun d?entre nous avec.
    Quelle est la vertu même d?une place au sein du tissu urbain ? Être « un paysage fixe et cependant mouvementé » ? Être un lieu de vie et de vision, un lieu où la ville, à tout coup, se recentre et s?exprime ?
    Être le carrefour réel de tous les parcours, de tous les frottements, de toutes les fictions et de toutes les affirmations, individuelles ou collectives, qui y prennent naissance ou s?y révèlent ?
    Voilà un livre qui, s?agissant de Charleville-Mézières, ne pouvait être qu?éminemment urbain et poétique (au sens où il est hanté par la question du poème), et, également, rythmique et musical (une place est aussi un « théâtre constant », une scène concrète qu?orchestre l?heure, la foule, « les conditions de lumières », le ronflement des moteurs, les mouvements ordonnés ou aléatoires, le bruissements des voix et le « cliquètement des pneumatiques sur le pavé »).

  • " Le Puy de Manse, nous tournons autour depuis notre arrivée ! Où que l'on se trouve, de quel côté que nous soyons de la vallée, il ne manque pas de se rappeler à nous. Sobre butte donnant l'illusion d'un minuscule volcan de terre brute ; d'un volcan nain. D'un volcan qui serait à notre main. Petite Sainte-Victoire aux formes pacifiées, en demi-teinte, il est cette butée complice, ce pivot facilitateur autour duquel s'organise une partie du paysage gapençais et champsaurin ".

  • L'Articulation du visible constitue une expérience sensorielle, tant il renvoie à l'élémentaire : les couleurs, l'océan, la lumière, le vent, le corps. Le lieu dont le livre parle s'appelle le Gored (« la pêcherie » en Breton) et se situe sur la côte de Plozévet, village du Finistère, à quelques kilomètres de la Pointe du Raz. Mais ce livre aurait très bien pu s'écrire ailleurs, sur d'autres rivages où, pareillement, les variations de temps et d'océan, proposent des changements presqu'à vue du paysage.

  • « La terrasse qui domine la baie devient ici la scène où il remâche la présence évidente du texte, écrit dans ce lieu des années avant. Vérifiant, une fois encore, la justesse des tons, l'irruption de la matière et du paysage. » Olivier Domerg

  • Le manscrit Nouv.

  • Le paysage des hautes-alpes n'est pas une succession de stéréotypes ou d'apprêts, en images arrêtées, pour consommateur de sublime.
    Laissez ce sublime-là aux spécialistes, à ceux qui en ont fait leur métier, aux écumeurs d'images d'épinal et de cartes postales. vous n'entrez pas dans ce jeu. vous n'y songez même pas. l'enjeu, la saisie sont ailleurs. vous ne voulez, en aucun cas, tomber dans le panneau qu'on vous tend de si efficace façon ; et regarder là oú il faut. et voir ce qu'on vous commande de voir ! et confirmer, par cela même, la vision générale ! l'impression diffuse d'un déjà-vu.
    Pluie drue sur la chapelle. le clocher se profile sur les feuillus qui, derrière, saturent le versant. le brouillard descend. l'espace, à toute vitesse, se claquemure. ça commence avec pluie, brouillard et ciel bas ; avec cette sensation humide et pesante d'une clôture ; et rien ne dit que cela ne sera pas aussi beau, si de " beauté " il est question ici ? fond de vallée, c'est bien ça ! ça sonne comme fond de culotte, trou perdu, " trou du.
    " ? il faut aller plus haut ou ailleurs pour voir la montagne s'étirer, se déplier de tout son long et de toute sa hauteur. c'est décidé, vous ne vous en tiendrez ni au sublime ni à sa publicité. insensibles à la marchandisation du paysage et de la nature, vous évoluerez dans l'écart, le décalé, le pas de côté et le chantier buissonnier. vous avez choisi de prendre le paysage à rebours et la commande au pied de la lettre.
    Vous n'avez rien choisi, hormis ouvrir les yeux, tendre l'oreille, écouter le chant du hors champ. livre et exposition font suite à une résidence artistique itinérante de la photographe brigitte palaggi et du poète olivier dornerg, en 2006 et 2007, dans tout le département des hautes-alpes, à l'initiative du musée muséum départemental, gap, et avec le soutien du conseil général des hautes-alpes.

  • L'universel se cache dans ces fragments ici rassemblés par Brigitte Palaggi et Olivier Domerg ; petit monument d'images et de paroles qualifié, aussitôt, et précisément, de « MonuManse ». En regard de ces « fragmonts », figurent une vraie-fausse conférence, une fable rase et des textes critiques de Marielle Barascud, Guillaume Lebaudy et Nicolas Pesquès.

  • 160 pages en quadrichromie, dont 90 pages d'une très riche iconographie (photographies d'Éric Bourret et Brigitte Palaggi, peintures & dessins de Patrick Sainton).
    Textes de Jean-Marie Gleize, Véronique Vassiliou et Olivier Domerg

  • Numéro-catalogue de l'exposition du peintre Jean-Marc Pontier créée à La Garde, Salle du Rocher en avril 2002. Il comprend une dizaine de reproductions de dessins en noir & blanc de Jean-Marc Pontier et un texte critique d'Olivier Domerg écrit à cette occasion. 28 pages sur papier mat, couverture souple, format 15 x 21 broché. Numéro tiré en 300 exemplaires en avril 2002.

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