Arts et spectacles

  • Iggy Pop a déclaré un jour, à propos des femmes : « Aussi intimes qu'on puisse devenir, je les laisserai toujours tomber. C'est de là que vient ma musique. » Cette férocité masculine, cette répulsion vis-à-vis du féminin, c'est le rock'n'roll à son paroxysme. Que l'on songe aux hymnes machistes des Rolling Stones, au punk et sa glorification de l'abject, ou au culte que Can et Brian Eno vouent à la Terre Mère, la rébellion rock masculine s'est souvent ancrée dans un imaginaire où les femmes étaient sinon absentes, du moins allégoriques ou reléguées à l'arrière-plan.
    Sex revolts est le premier ouvrage à faire l'analyse des multiples « misogynies rebelles ». Depuis les premiers rockeurs jusqu'au gangsta rap, en passant par le jazz, le psychédélique, le glam et le postpunk, il dresse un impressionnant panorama de la culture et des artistes rock dans leurs relations au « féminin ». Parallèlement aux généalogies d'une contre-culture qui, depuis les années 1960, s'est attachée à déconstruire certaines formes de masculinité tout en demeurant profondément misogyne, Sex revolts retrace aussi l'histoire de la rébellion des femmes dans le rock ; celle de musiciennes qui, telles Patti Smith, Siouxsie Sioux ou Courtney Love, ont dû composer avec cet héritage majoritairement masculin pour créer leur propre répertoire et libérer leur propre énergie.

  • En 1657, Nicolas Poussin peint une Fuite en Égypte au voyageur couché. La toile disparaît ensuite pendant plusieurs siècles. Dans les années 1980, différentes versions du tableau réapparaissent, de grands experts s'opposent, des laboratoires d'analyse et des tribunaux s'en mêlent et nombreux sont ceux à vouloir authenti?er et s'approprier le chef-d'oeuvre.
    De quoi nous parle cette histoire aux allures d'intrigue policière ? Qu'est-ce qui fait la valeur d'une oeuvre d'art ? Et d'où vient cette aura attachée aux créateurs et aux oeuvres ? Bernard Lahire montre que le sacré n'a jamais disparu de notre monde mais que nous ne savons pas le voir. La magie sociale est omniprésente dans l'économie, la politique, le droit, la science ou l'art autant que dans la mythologie ou la religion. C'est cet effet d'enchantement qui transforme une sculpture d'animal en totem, un morceau de métal en monnaie, une eau banale en eau bénite ; et qui fait passer un tableau du statut de simple copie à celui de chef-d'oeuvre.
    Puisant avec érudition dans l'anthropologie, l'histoire et la sociologie, ce livre interroge les socles de croyance sur lesquels nos institutions et nos perceptions reposent. Questionnant radicalement l'art et son ambition émancipatrice, il révèle les formes de domination qui se cachent derrière l'admiration des oeuvres.

  • Comment le cinéma français est-il structuré ? Comment analyser le regard des différentes catégories de spectateurs ? Comment se fabriquent collectivement les films ? Comment le cinéma parle-t-il du monde social ?
    Ce livre s'interroge sur la polarisation du cinéma français entre cinéma commercial et cinéma d'auteur. Il analyse ensuite la consommation des films à travers l'étude de la fréquentation des salles, des pratiques de visionnage et des préférences des publics, sans oublier le rôle des intermédiaires, distributeurs et salles de cinéma. Il montre également les modalités concrètes de fabrication des films, de constitution des équipes et les rapports de force (en termes de statut, de genre, etc.) propres aux différents métiers (techniciens, réalisateurs, producteurs et acteurs, diffuseurs, administrateurs, etc.). Enfin, il s'intéresse aux relations entre cinéma et sociologie : dans quelle mesure peut-on considérer le cinéma comme un mode de connaissance du monde social ?

  • À l'évocation des mots photojournalisme ou photographie de guerre, la mémoire convoque des icônes dont les plus anciennes remontent aux années 1920 et 1930. On imagine ainsi que les conflits d'avant la Grande Guerre n'ont été que peints, dessinés et gravés ; figés dans un héroïsme un peu innocent avant que les violences du XXe siècle ne soient saisies sur pellicule dans leur réalisme cauchemardesque.
    Des albums privés des soldats coloniaux aux fonds des premières agences d'images, ce livre, véritable archéologie de la photographie de conflit, est une invitation, et une éducation, à lire l'image-choc pour la désarmer plutôt que la subir. L'auteur se focalise sur les clichés de la violence physique et de la destruction armée, pris non pas comme de simples illustrations mais comme les supports d'une relation sociale. Dans ce monde de la fin du XIXe siècle, les conflits se multiplient de façon inédite et les abus coloniaux ponctuent les conquêtes. En les capturant, l'appareil photographique, devenu portable et abordable, transforme profondément l'économie visuelle de la violence, et ce bien avant 1914.
    Au-delà d'une histoire des photographies des corps brutalisés et des violences armées, cet ouvrage, loin d'une pornographie du désastre, est aussi une proposition. Comment présenter des photographies montrant les atrocités indicibles pour les penser et en faire l'histoire ? L'observateur, y compris lorsque son regard plonge au coeur des ténèbres, peut retrouver dans les photographies les hommes et les femmes du passé, et non des victimes passives et anonymes figées sur le papier.

  • Un siècle après sa naissance, le cinéma connaît une croissance régulière portée par de nouveaux marchés. Engagé dans une mutation numérique, il combine grande stabilité et profondes transformations. La production, malgré une internationalisation, n'a pas connu de bouleversement majeur. La distribution a composé avec l'arrivée des géants du numérique, les GAFAN, qui a accompagné le développement de nouveaux modèles économiques et de nouveaux modes de consommation (abonnement illimité) qui se superposent aux autres formes de consommation, comme la salle.
    Stratégique sur les plans culturel, commercial et diplomatique (soft power), le cinéma a toujours fait l'objet d'une attention des pouvoirs publics. Sa régulation doit s'adapter à un contexte évolutif et à une concurrence internationale, où l'importance du cinéma américain est confrontée à un monde plus polycentrique.
    L'économie de ce secteur majeur et mondial et ses enjeux contemporains sont ici décryptés.

  • La mode est l'une des plus puissantes industries du monde : elle représente 6 % de la consommation mondiale et est en croissance constante. Depuis les années 1980 et l'entrée dans l'économie néolibérale, elle est devenue l'image étincelante du capitalisme, combinant prestige, pouvoir et beauté. Pourtant, cette industrie, qui apparaît comme un horizon professionnel hautement désirable, repose principalement sur du travail précaire, et ce aussi bien là où la production est externalisée qu'au coeur de la production créative du luxe, comme les prestigieux ateliers des maisons de couture.
    À partir d'une enquête en immersion auprès des travailleurs créatifs de cette industrie (stylistes, mannequins, créateurs indépendants, coiffeurs, maquilleurs, vendeurs, journalistes, retoucheurs, stagiaires, agents commerciaux, etc.), ce livre décrypte les dynamiques d'exploitation et d'autoexploitation à l'oeuvre derrière la façade glamour de la mode.
    Des séances de shooting pour magazines spécialisés à la collaboration auprès d'un créateur de mode, en passant par des entretiens avec des stylistes travaillant pour de célèbres maisons de luxe et de couture, cette enquête dévoile les dynamiques invisibles sur lesquelles repose l'industrie de la mode pour mieux la « déglamouriser ».

  • Folklore

    Collectif

    Quels liens unissent art moderne, art contemporain et folklore, des univers qu'en apparence tout oppose ? Employer le mot folklore, c'est convoquer une notion sujette à de multiples controverses et malentendus, et qui se retrouve néanmoins aujourd'hui encore au coeur de débats virulents, notamment en Europe. La définition même du folklore a suscité d'importantes polémiques : le terme, créé en Angleterre au milieu du XIXe siècle et signifiant littéralement le savoir du peuple, sera rapidement banni des milieux intellectuels et scientifiques au XXe siècle à cause de récupérations idéologiques ou de l'amateurisme de spécialistes souvent autoproclamés.
    Le folklore serait un savoir légendaire transmis par voie orale et partagé par une communauté, sur un territoire défini. Au-delà des objets et des savoir-faire qu'il génère, le folklore recouvre un patrimoine vivant et immatériel : dialectes, légendes, musiques et chants, danses, rites, fêtes, us et coutumes ponctuant le calendrier des saisons et des croyances. Cherchant des racines au sein même d'une culture indigène, les tendances folkloriques s'opposent, à l'origine, à la notion d'exotisme. Cette dimension identitaire a pu amener à faire revivre des pratiques jugées archaïques, menacées de disparition par l'industrialisation et la globalisation. Selon les cas, ces processus de sauvegarde et de résurgences peuvent être motivés par des réflexes réactionnaires ou des tentatives de résistance culturelle, parfois sous l'emprise de stéréotypes.
    Pour autant, le folklore infiltre aussi de différentes manières des pans entiers de la modernité et de la création contemporaine. Loin des clichés d'un passéisme suranné et artificiel, les avant-gardes artistiques ont pu ainsi y trouver une source d'inspiration, une puissance régénératrice ou bien un objet d'analyse et de critique.

  • Pour l'AFP, l'histoire du Covid-19 a véritablement démarré le 30 janvier 2020 : ce jour-là, la photo prise par Hector Retamal d'un corps allongé dans les rues de Wuhan, observé à distance prudente par des officiels en combinaison intégrale, a fait la une de nombreux médias et ouvert une très longue séquence de scènes dystopiques.
    Les historiens diront si l'ancien ministre Hubert Védrine a eu raison d'affirmer que « pour la première fois l'humanité s'est mise à avoir peur en même temps de la même chose ».
    Ce qui semble en tout cas peu contestable, c'est que la pandémie a été l'archétype de l'histoire globale, touchant tous les pays, irriguant tous les sujets, phagocytant toute l'actualité pendant de bien longues semaines.
    L'AFP a raconté la plongée en apnée de la planète entière, de Pékin à Vancouver, de Johannesburg à Beyrouth en passant par Mulhouse, puis la reprise hésitante, fragile, de la vie...

  • " le théâtre de l'opprimé est théâtre dans le sens le plus archaïque du mot.
    Tous les êtres humains sont des acteurs (ils agissent !) et des spectateurs (ils observent !). nous sommes tous des spect-acteurs. ce livre est un système d'exercices (monologues corporels), de jeux (dialogues corporels) et de techniques de théâtre-image, qui peuvent être utilisés par des acteurs (ceux qui font de l'interprétation leur profession ou leur métier) aussi bien que par des non-acteurs (c'est-à-dire tout le monde !).
    " augusto boal. le brésilien augusto boal est l'une des grandes figures internationales du théâtre contemporain : fondateur du théâtre de l'opprimé, sa pratique a essaimé depuis plus de trois décennies dans le monde entier. ses techniques sont largement utilisées par ceux qui ont choisi de faire du théâtre une arme politique, mais aussi par les professionnels du social (psychothérapeutes, infirmiers psychiatriques, éducateurs ou enseignants).
    La nouvelle édition de ce livre, désormais devenu une référence incontournable, est entièrement actualisée et propose de nouveaux jeux, exercices et techniques.
    " une pratique qui peut fort bien modifier les relations scolaires ou féconder le théâtre, comme le prouvent les expériences rapportées en fin de livre. " le monde de l'éducation.
    " les exercices mis au point par augusto boal, même s'ils n'ont rien à voir avec les habituels "trainings", peuvent répondre au besoin qu'éprouvent les comédiens d'approcher les spectateurs sans se laisser engloutir.
    " le monde.

  • Émaillé de nombreux entretiens réalisés auprès de rappeurs, de DJ, d'animateurs, de professionnels de l'industrie du disque... ce livre décrit comment l'émergence et l'inscription durable du rap en France ont été possibles, et comment s'est opérée son institutionnalisation. En s'intéressant aux artistes mais aussi amateurs, en circulant des MJC des quartiers populaires aux bancs de l'Assemblée nationale, en observant les plateaux de télévision comme les radios locales, Karim Hammou montre comment s'est imposée en France une nouvelle spécialité artistique, fondée sur une forme d'interprétation originale - ni parlée ni chantée : rappée.

  • En 1984-1985, Robert Doisneau (1912-1994) participe à l'aventure mythique de la Mission photographique de la Datar. En utilisant une chambre au format 6 x 7 et en travaillant pour la première fois en couleur, le photographe bouleverse ses habitudes pour arpenter une nouvelle fois la banlieue parisienne, son territoire d'élection. Restées jusqu'alors inédites, ces images surprennent par le regard plasticien, teinté d'ironie et de désenchantement, que le photographe porte sur les débordements urbains des années 1980.

  • Impact

    Alex Maclean

    Contrairement à d'autres effets du changement climatique qui ne sont pas vécus de manière tangible à grande échelle, l'élévation du niveau de la mer est un indicateur visible et implacable du réchauffement climatique, dont les conséquences se font sentir à l'échelle mondiale. Quelques-uns sont encore sceptiques, mais rien ne permet de nier que l'élévation du niveau de la mer, renforcée par les tempêtes et les ondes de tempête, provoque érosion, inondations, dislocations et entraîne des dommages catastrophiques le long des côtes, et bien à l'intérieur des terres. L'élévation du niveau de la mer est aussi un facteur de déstabilisation des marchés financiers et immobiliers, en particulier à cause du renchérissement des coûts d'assurance.
    Le livre se présente comme une sorte d'enquête pour montrer, d'une manière frappante et concrète, les perturbations environnementales, économiques et sociales liées à la montée des mers. L'auteur a documenté la côte est américaine (du Maine à la Floride) et le Golfe du Mexique (de la Floride au Texas) à titre d'exemple de notre vulnérabilité au changement climatique. Les images illustrent les différents états des territoires survolés au cours de différentes saisons, avant et après la survenue d'événements météorologiques majeurs (tempêtes, ouragans), lorsque la géographie et le paysage changent de façon spectaculaire.
    Alex MacLean a établi une liste de thèmes à photographier : les espaces naturels, et leur peuplement désordonné, les moyens de défense publics ou privés, mais aussi les projets d'infrastructure côtière tels que les aéroports, les centrales nucléaires, les autoroutes et les usines de traitement des eaux usées. La liste comprend également des zones naturelles telles que les « forêts fantômes » asphyxiées par les infiltrations d'eau salée.
    Pour raconter cette histoire, il était aussi important d'équilibrer le récit des risques et des destructions avec une vision plus positive. Le livre fait donc également état des stratégies de résilience comme les systèmes naturels pour dissiper les ondes de tempête, ou les aménagements de parcs et de « terres de conservation » pouvant accepter les eaux de crue sans subir de dégâts durables, toutes stratégies qui ont pour nous valeur d'exemple alors que la prise de conscience du phénomène de la montée des eaux n'est pas encore est loin d'être acquise en Europe. Le livre est introduit par une brillante prise de parole de Bill McKibben, un des acteurs majeurs de l'activisme en faveur du climat.

  • On dit des murs qu'ils ont des oreilles, mais sait-on qu'ils murmurent ? Celles et ceux qui, depuis le milieu du XIXe siècle, s'emploient illégalement à y laisser des traces - avec force craie, charbon, feutre, pinceau ou bombe aérosol - l'ont bien compris : les murs nous interpellent. Avec leur ironie revêche, leurs espoirs tronqués, leur fantaisie abrupte, ils font écho à des paroles enfouies au plus profond de nous. Ils portent les mots qui, inscrits là sans destination ni droit de cité, sont livrés à tous les regards et « contaminent » l'espace public, troublant ainsi l'ordre du discours.
    La folle et jouissive collecte textuelle d'Yves Pagès - plus de 4000 graffitis urbains du monde entier des cinquante dernières années, fidèlement retranscrits, datés et localisés - forme une mémoire inédite. Une mémoire de la joie virale du bon mot, de l'énergie politique gratuite, de l'audace minuscule, de la poésie mineure et éphémère, des marges de la syntaxe, de l'invention maladroite, du plaisir de l'inachevé. On pourra dévorer ce livre en respectant son avancée chronologique, s'y perdre par associations flâneuses d'idées, en extraire à mesure son propre florilège ou, tout simplement, l'ouvrir n'importe où et se fier au seul hasard d'un cadavre exquis.

  • Land art

    Tiberghien Gilles A

    En 1993, lorsqu'a paru le livre de Gilles A. Tiberghien, il n'existait pratiquement rien en français sur cet ensemble d'oeuvres rattachées à ce que l'on appelle le Land art. Même aux États-unis, l'intérêt restait marginal. Aujourd'hui, nombre des artistes présents dans cet ouvrage sont reconnus parmi les plus grands créateurs du XXe siècle. Le livre, à travers une approche d'historien et de philosophe de l'art, défrichait tout un pan de l'histoire de l'art, et c'est sans doute pourquoi sa version originale, devenue introuvable, reste un ouvrage de référence et de bibliophilie. L'idée d'une réédition mise à jour et augmentée était fondée, à plusieurs titres.

    Au cours des années, l'intérêt pour le Land art et certains de ses principaux acteurs s'est considérablement accru, au point d'être devenu un sujet d'enseignement et de sortie pédagogique dans les écoles du primaire. Au risque aussi d'une certaine confusion : que tout oeuvre dans la nature soit désormais qualifié de Land art. L'originalité du livre est à la fois de prendre en compte la dimension historique du phénomène artistique et de réfléchir aux extraordinaires potentialités poétiques des productions considérées en termes d'espace et de volume, de paysage et de commande publique, d'invention formelle et de variations plastiques dans un contexte théorique plus large. La dimension philosophique de certaines interrogations suscitées par ces réalisations parfois impressionnantes permet en même temps de faire mieux comprendre une dimension importante de l'art de notre temps.

    L'intérêt du livre tient aussi dans son approche thématique qui offre aux oeuvres de se laisser découvrir sous des aspects différents (le temps, la géographie, la cartographie) et de circonscrire assez strictement le phénomène en lui donnant pour origine la rencontre de sensibilités artistiques différentes formant un ensemble commun dont les paramètres discriminants seraient le type de matériau utilisé, le travail in situ et l'histoire artistique dont le phénomène hérite.
    Le livre défend donc une thèse précise qui le distingue d'autres ouvrages qui confondent la plupart du temps l'art environnemental, l'art végétal, l'art écologique et d'autres types d'interventions artistiques qui plaident pour une intégrité et un respect de la nature.

    Cette édition (2012) comporte deux nouveaux chapitres, un texte revu et des notes augmentées, plus de 120 illustrations nouvelles sur les quelques 500 du livre.

    Nouvelle bibliographie et filmographie mises à jour accompagnées d'un index des oeuvres.

  • En décembre 2013, une production de l'artiste américain Jeff Koons, Balloon Dog (orange), a été adjugée par Christie's pour le prix record de 58,4 millions de dollars. C'est pourtant une pièce produite en cinq exemplaires, chacun de couleur différente, aujourd'hui détenus par de grands collectionneurs comme François Pinault ou Elie Broad. Tous deux ont ouvert un espace muséal, à Venise et Los Angeles, se substituant aux institutions publiques dont les moyens apparaissent désormais dérisoires. Jeff Koons est par ailleurs représenté par la puissante galerie Gagosian.
    Christie's, Gagosian, Koons, Pinault : quatre acteurs centraux d'un marché dont la structure se rapproche fortement, à l'instar de la musique et du cinéma, d'un oligopole à frange, où quelques acteurs mondialisés contrôlent le marché tout en laissant la tâche à de multiples galeries - petites et moyennes - de repérer les nouveaux talents et d'assumer la prise de risque liée à la découverte.
    Comment certains artistes émergent-ils et deviennent-ils des stars mondiales ? Pourquoi une photographie, une toile, une installation peuvent-elles atteindre plusieurs millions d'euros ? Cet ouvrage montre comment la valeur d'une oeuvre d'art contemporain résulte d'un jeu complexe d'interactions entre acteurs : artistes, galeries, conservateurs, commissaires d'exposition, collectionneurs, critiques. Le talent, bien sûr, mais aussi le hasard et les stratégies se mêlent pour donner naissance à des hiérarchies de valeurs, qui font in fine l'objet d'un relatif consensus.
       

  • Jean-Gabriel Périot, cinéaste, et Alain Brossat, professeur de philosophie, ont travaillé pendant des années, sans se connaître, sur des sujets communs : les femmes tondues à la Libération, l'univers carcéral, la violence politique, le désastre nucléaire...
    Dans la réflexion qu'ils engagent ici, ils s'interrogent sur la relation que les images entretiennent avec la politique et l'histoire. Comment se fabrique la mémoire ? Comment appréhender les archives ? Comment remonter le temps, au sens historique et cinématographique du terme ?
    Ces conversations s'appuient sur les expériences, et les expérimentations, de Jean-Gabriel Périot. Aiguillonné par les observations d'Alain Brossat, il explique comment il confectionne ses « tracts cinématographiques », comment il a travaillé avec les détenus d'une prison d'Orléans, comment il a monté les films inédits des militants de la Fraction armée rouge (RAF) ou encore comment il a remonté les images d'une apocalypse nucléaire, en commençant... par la fin.
    Mettant en regard ces expériences avec celles d'autres cinéastes, célèbres ou non, ce dialogue offre une réflexion inédite sur le travail cinématographique et pose en termes nouveaux la question de la puissance - et de l'impuissance - de l'écriture et de l'image.

  • Répondant à une commande spécifique, à l'occasion de la célébration des 500 ans de la Renaissance, mise en oeuvre par la Région Centre-Val de Loire durant toute l'année 2019, le grand photographe du paysage qu'est Alex MacLean a survolé et photographié, en juillet 2018, les châteaux de la Région. Ce sont donc les merveilles architecturales de la Renaissance, ancrées dans des sites classés au patrimoine mondial de l'Unesco, qu'Alex MacLean a sublimées pour obtenir au regard la quintessence de ces temps où rois et mécènes furent à l'origine d'un extraordinaire renouveau de l'art et de la pensée.

  • « Il vous faut un casque audio » : ce slogan publicitaire du début du XXe siècle n'a rien perdu de son actualité. S'isoler dans un monde de sons, prêter attention aux détails acoustiques, rechercher la haute fidélité sonore, communiquer à distance et construire un réseau social. ces pratiques s'enracinent dans un ensemble de transformations intervenues au tournant du XIXe alors que gramophone, stéthoscope, téléphone et autres dispositifs d'écoute deviennent les protagonistes d'une histoire passionnante, celle de notre culture sonore.
    Jonathan Sterne s'intéresse aussi bien aux anthropologues collectant des chants indigènes qu'aux auditeurs occidentaux surpris par les voix des morts. Son ambition est de rendre compte de l'importance de l'histoire du son dans tous les aspects de la « modernité » : l'évolution des sciences, la mutation de la médecine, la popularisation des techniques et des médias, l'essor concomitant du capitalisme et du colonialisme, les nouvelles formes de pouvoir collectif et entrepreneurial. Une histoire de la modernité sonore propose une alternative au récit dominant selon lequel la culture occidentale, en devenant moderne, serait passée d'une culture de l'audition à une culture de la vision. Livre fondateur des sound studies, il est d'ores et déjà considéré comme une référence dans ce domaine émergent.

  • Dans ce livre, Horst Bredekamp tente de comprendre un paradoxe qui hante la pensée de l'image depuis toujours : l'image, en tant qu'artefact créé par les humains, ne possède pas de vie propre, et pourtant elle développe une présence, une puissance, qui emporte celui qui la regarde - comme en témoigne la longue controverse sur la force des images, de l'iconoclasme byzantin ou protestant jusqu'à la destruction des bouddhas de Bâmiyân. Platon, Léonard de Vinci, Lacan, Heidegger, Warburg : nombreux sont ceux qui ont tenté de percer ce mystère de la puissance effective de l'image.
    De la statuaire grecque jusqu'aux performances scéniques de Michael Jackson en passant par les automates, les tableaux vivants et l'oeuvre de Niki de Saint-Phalle, Horst Bredekamp analyse plus de deux cents images afin de déployer une théorie originale et ambitieuse, celle de l'acte d'image. Conçue pour faire écho et contrepoint à la célèbre théorie de l'acte de langage, initiée par Searle et Austin, elle analyse la puissance spécifique recelée par l'image. Il n'y a alors pas d'autre choix que de replacer l'image au même niveau que le langage (et l'écriture) dans notre pensée de l'humain et de son histoire, de ses origines à nos jours.
    Traduit dans plusieurs langues, le livre de Horst Bredekamp est déjà une référence incontournable dans des disciplines aussi variées que la philosophie, l'esthétique, l'histoire de l'art et les études culturelles, l'histoire et la théorie politiques.

  • « Il faudra réécrire l'histoire littéraire un peu différemment à cause de Léo Ferré », proclamait Aragon. Auteur-compositeur-interprète d'exception, souvent éclipsé dans la mémoire collective par Brel ou Brassens, Léo Ferré a pourtant écrit quelques-unes des plus belles chansons du répertoire français -Avec le temps, La Mémoire et la Mer pour les plus connues. Il est aussi celui qui a le plus, et le mieux, mis en musique les autres poètes français, de Baudelaire à Verlaine et Rimbaud, en passant par Apollinaire, Aragon, Rutebeuf et Villon.
    Sa carrière se serait-elle limitée aux années 1950-1960, elle aurait suffi à faire oeuvre. Mais l'histoire de Léo Ferré ne s'arrête pas là : après 68, il renouvelle son répertoire en se produisant avec des groupes de pop, puis dirige des orchestres symphoniques, faisant ainsi découvrir à un jeune public la musique classique. Le chanteur anarchiste connaît alors une véritable renaissance, incarnant beaucoup plus que d'autres l'esprit de la révolte des années 1970.
    Pascal Boniface redonne ici à l'auteur des Anarchistes et de C'est extra toute sa place dans l'histoire de la musique et de la poésie de son temps. Ce livre est aussi une réflexion sur la trajectoire personnelle et les engagements politiques de l'un des plus grands poètes français du XXe siècle.

  • La Ville engendre, le plus souvent à ses marges, d'extraordinaires bâtiments qui sont le fruit de circonstances foncières et industrielles particulières. C'est le cas de ce bâtiment majeur, long de 612 mètres construit à la fin des années 1960 sur un terrain de plus de 5 hectares. Lors de sa réception, en 1969, les qualificatifs ne manquent pas pour vanter la plus importante réalisation en Europe en matière de réception, stockage et distribution de marchandises. Pour sa part, son architecte, Marcel Forest, parle de « socle pour des constructions futures », posant son bâtiment sur une trame de poteaux massifs, « alignés comme des soldats qui font leur travail » pour paraphraser Le Corbusier. De leur côté Floris Alkemade et Milena Wysoczynska, les architectes qui ont opéré la reconversion, parlent d'une structure sans fin et intemporelle qui les faisait halluciner.

    Tout est donc hors-norme dans cette histoire, y compris la complexité de passer d'une génération à une autre, de changer la destination des lieux, pour que le bâtiment soit le socle d'une aventure contemporaine et la clé de l'urbanisation d'un territoire déshérité. Cette aventure peu commune est l'objet du texte de Camille Picard qui a porté le projet jusqu'à son aboutissement pour la Caisse des dépôts. L'auteur livre les clés, côté maîtrise d'ouvrage, de ce que peut être une aventure urbaine, depuis la redécouverte des potentialités du lieu jusqu'à l'aboutissement d'un nouveau quartier, relié à la ligne de tramway qui court le long des boulevards des Maréchaux, et équipé d'une nouvelle gare, Rosa Parks, pour relier les quartiers de la Porte d'Aubervilliers séparés par les importantes coupures ferroviaires du faisceau de la gare de l'est. Pour la première fois, sur une opération d'une telle envergure, l'histoire est racontée de l'intérieur, comme une enquête, et met en scène la panoplie des innombrables métiers et des personnages (politiques, financiers, juristes, aménageurs, promoteurs, urbanistes, architectes) qui sont nécessaires à la réalisation d'un projet urbain d'envergure.

    Le texte de Camille Picard est accompagné d'un texte des deux architectes, en forme de manifeste sur l'héritage culturel et le modernisme en architecture. L'ouvrage est également illustré de photographies qui racontent l'avancement du chantier. En fin d'ouvrage, l'écrivain Claude Eveno propose une visite du quartier, une ballade de jour et de nuit, à la rencontre des habitants qui se sont installés, à la découverte des cafés et des lieux marchands. Comment un territoire des limites s'est intégré au coeur de la ville.

  • Depuis plus d'un demi-siècle, une petite île des Caraïbes a inscrit son nom en lettres de feu sur la carte de l'histoire mondiale de la musique. Avec des ramifications aussi étendues que celles du jazz ou du blues, la musique jamaïcaine a transformé ses héritages africains, issus des souffrances de l'esclavage, au fil du temps et des contacts avec les colonisateurs européens.
    Deejay, sound system, remix, dub : autant d'inventions audacieuses, bricolées dès les années 1950 dans les ghettos de Kingston, qui sont aux sources des musiques urbaines contemporaines.
    Musique sacrée ou musique profane ? Rurale ou urbaine ? Militante ou légère ? Voix des sages rastafaris ou des rude boys du ghetto ? Analysant le contexte culturel, historique et politique des musiques jamaïcaines, les auteurs de ce livre dévoilent les mécanismes qui ont conduit la Jamaïque à produire la plus populaire des musiques du monde.

    Catalogue de l'exposition à la Philharmonie de Paris.

  • Au XXIe siècle, les échos sonores du monde arabe résonnent bien au-delà des frontières - par ailleurs mouvantes - des pays qui le constituent. De l'Arabie heureuse de la Reine de Saba, en passant par l'âge d'or égyptien symbolisé par Oum Kalthoum, jusqu'à nos jours où les pays arabes oscillent entre bouleversements politiques et luttes pour la liberté, les sons et les voix de ce monde en ébullition s'épanouissent en formant avec les autres cultures un voisinage familier et fécond.
    Cet ouvrage, exploration de formes musicales traditionnelles et modernes, mystiques et profanes, populaires et savantes, est un manifeste pour la sauvegarde d'un patrimoine culturel aujourd'hui en danger, en même temps qu'un témoignage de l'exceptionnelle vitalité de la création musicale contemporaine dans le monde arabe.

    Catalogue de l'exposition à la Philharmonie de Paris.

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