Littérature russophone

  • Un grand roman russe. En Russie, les grand-mères sont la mémoire vivante de l'histoire tragique de leur pays. Svetlana Alexievitch raconte qu'enfant sa grand-mère lui avait appris à écouter ce qu'on avait pas le droit de dire. Dans «Sourvilo,» Olga Lavrentieva donne la parole à la sienne.

  • Ce livre est la tribune des laissés pour compte du pouvoir poutinien et le ma mainmise sur le pays du parti présidentiel. Au travers de l'écriture subtile et dévastatrice de Victoria Lomasko, magnifiée par son dessin aussi direct qu'empathique, on s'aperçoit de la multitude invisible des citoyens russes déterminée à reconquérir ses droits malgré les verrous posés par un pouvoir oppresseur.

  • T out commence pendant les vacances, lorsque la famille Kalinkin part à la campagne visiter la grand-mère. Le père souhaite apprendre à lire à son fils avant que celui-ci ne commence la grande école à la rentrée. L'enfant n'est pas très motivé mais décide d'apprendre à parler au chat. Grâce aux animaux de la ferme il y arrive... Et ma foi c'est très pratique d'avoir un chat qui parle à la maison... même si parfois quelques subtilités de langage lui échappent encore !
    Une bande dessinée délicieusement vintage, dans la tradition des BD belges. Un album qui rappellera aux plus grands leurs premiers émois de bédéphiles. Même l'humour est délicatement suranné... Mais il y a dans cette BD quelque chose d'intemporel et d'universel qui parle à toutes les générations.

  • Russie, 1928: la NEP « Nouvelle politique économique » mise en oeuvre par Lénine au printemps 1921 a déjà sept ans. Il s'agissait d'un repli stratégique dû à l'échec du communisme de guerre : le pays est dans un état épouvantable. On favorise alors le petit commerce, on met fin à la réquisition des produits agricoles et on rend leur liberté aux petites entreprises.
    Mais Mikhaïl Zochtchenko s'étrangle d'indignation : sept années de commerce intérieur libre et impossible de trouver une pipette en pharmacie pour compter les gouttes ! Les caoutchoucs censés protéger les chaussures sont percés, la crise du logement est telle qu'il faut envisager d'occuper la surface au plafond et les palais de Leningrad s'effondrent. Devant un tel bilan, l'écrivain satirique russe le plus populaire de son temps, Mikhaïl Zochtchenko (1894-1958), l'auteur de « La vie privée, récits et feuilletons », « Des gens nerveux », « Pêle-Mêle » et des « Récits de Nazar Ilitch» met son inventivité et tout son humour (féroce) au service de la collectivité pour améliorer la vie quotidienne de ses concitoyens.
    Ainsi, il propose un appareil défensif pour éloigner les chiens avec des fourchettes, des toilettes suspendues, un crematorium roulant, un coffre-fort franco-russe... Nous ne sommes pas loin des « repasse-limace » et du lit « qu'est toujours fait » de Boris Vian. En général, l'invention ajoute un problème supplémentaire au problème décrit initialement.
    Zochtchenko qui lui-même a pratiqué tous les métiers possibles, de cordonnier à instructeur de la reproduction des volailles, souligne l'incapacité technologique de ses concitoyens avec ces inventions absurdes et drôlement et superbement illustrées par Nikolaï Radlov (1889-1942) le caricaturiste génial du journal « Crocodile ».
    Le commentaire qui illustre les vignettes remarquables de dernier relève du style bureaucratique le plus pompeux, typique d'une époque où la population dissimule son inculture sous les oripeaux de la langue de bois. Nous sommes loin de « l'homme nouveau » rêvé par les bolchéviques. Loin aussi du « nepman », enrichi, repu décrit par Maïakovski et Zabolotski. Non, le héros de Zochtchenko est mesquin, pauvre, il vit dans la crainte perpétuelle d'être volé, dans des conditions hygiéniques douteuses, et il tient à ses « frusques » comme à la prunelle de ses yeux !
    Ces trente projets loufoques ressemblent aux nouvelles de Zochtchenko, mises en bande dessinée. Elles sont une mine d'informations hilarantes et graves à la fois sur la Russie stalinienne.
    Mais en 1946, cet écrivain trop populaire dut payer son tribut à la machine d'Etat : victime de la campagne de dénigrement menée par Jdanov , responsable de l'idéologie stalinienne, accusé « de se gausser de la vie soviétique, des institutions soviétiques, des citoyens soviétiques », il meurt en 1958, dans la pauvreté.

  • Olia se transforme toute les fois où cela ne va pas, en poule, en éléphant, en chiot, en ours, ou en oiseaux des îles... et puis l'orage éclate.
    Voilà ce que dit elle-même Olga Sedakova de la création de son premier livre pour enfants: « Quand nous passions l'été à la campagne, ma nièce Dacha venait me réveiller tous les matins. elle venait d'avoir 5 ans et nous avions fêté son « jubilée » par une représentation du Calife Cigogne de W.Hauff en théâtre d'ombres de fabrication maison. Le thème des métamorphoses était donc dans l'air. Pour retarder le moment désagréable de la sortie du lit, je me mettais à lui parler sans trop réaliser dans mon demi-sommeil ce que disais vraiment. Alors un matin, je lui raconté ces histoires de métamorphoses. Quand je me suis réveillée pour de bon, Dacha a réclamé que j'écrive tout ce que j'avais dit.
    Gabriella Giandelli illustre avec la plus grande tendresse ce livre d'extraordinaires métamorphoses, ce conte qui ressemble à une fable ou une fable qui ressemble à un conte. Un livre qui permet aux enfants de se sentir adultes et aux adultes de se sentir à nouveau enfants.

  • nikolaï maslov poursuit son étonnant voyage.
    la france idéalisée de son premier album lui a tendu la main. invité en résidence à angoulême, il a consacré un an à prolonger et à approfondir les thèmes abordés dans son succès de 2004, une jeunesse soviétique. avec une assurance graphique encore accrue et un sens de la narration toujours plus elliptique, il donne à voir, par-delà les arrières-cours déglinguées des usines et la surface lisse des aéroports, derrière la mort annoncée d'une russie rurale et la frénésie de consommation qui s'empare de moscou, la ronde des âmes piégées dans un pays trop vaste et trop grandiose, sous des cieux vides et trop pesants.
    mais on distingue aussi, dans ce nouvel album, aussi simple et profond que le premier, une lueur d'espoir, celle de l'humour, celle de la beauté, celle de l'art.

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