• « Écrit le jour où l'on a brûlé mes livres en Allemagne. » Ainsi commence Le Livre de l'hirondelle d'Ernst Toller. Pour tenter de comprendre comment un tel événement a pu se produire, il entreprend alors de raconter, telles qu'il les a vécues, les années qui menèrent jusqu'à ce tragique autodafé de 1933 : son enfance dans une famille juive de Prusse orientale, puis la Grande Guerre, l'échec fracassant du spartakisme ainsi que la fin d'une révolution qu'il voulait pacifiste.
    Ensuite vinrent les années de prison où, telles ces hirondelles qui s'obstinaient à lui rendre visite dans sa cellule, Toller continua de rêver à une Europe réconciliée en écrivant des poèmes imprégnés d'espoir. Mais à quelques kilomètres de là, dans une autre prison, Adolf Hitler dictait un autre genre de livre.

  • Hinkemann conte la tragédie d'un homme, soldat de la guerre de 14, qui revient parmi les siens après avoir été émasculé lors du conflit. Mis au banc de la société, devenu un sous-homme, rejeté par les siens et particulièrement par sa femme, Hinkemann s'enfonce dans le cauchemar. C'est après avoir mis en scène Sade, Jahnn, Sacher-Masoch, Wedekind - auteurs pour qui l'érotisme est une subversion radicale - que Christine Letailleur a choisi de raconter cette tragédie d'un homme sans sexe. Et c'est à Stanislas Nordey, qui participe depuis le début à son aventure artistique, qu'elle a confié le rôle d'Hinkemann. Un héros vaincu, à qui Toller a laissé l'arme de la poésie : un lyrisme halluciné, concret, seul capable de regarder en face le drame d'une époque.

  • KARL THOMAS. - Si seulement j'e´tais reste´ a` l'asile !
    - HAUT-PARLEUR. - Allo^ ! Allo^ ! A` toutes les stations radio du monde entier! E´coutez le clou de la saison: «Hop la`! Nous vivons!».
    Ernst Toller (1893-1939), poe`te et dramaturge expressionniste allemand, s'engage dans le premier gouvernement de la Re´publique des Conseils de Bavie`re cre´e´e par l'insurrection d'avril 1919 et re´prime´e le mois suivant. D'abord condamne´ a` mort, il voit sa peine commue´e en cinq ans de prison. Par solidarite´ avec les autres prisonniers politiques, il refuse une libe´ration anticipe´e accorde´e en raison du succe`s rencontre´ par une de ses pie`ces. Hop la`! nous vivons!, repre´sente´ en 1927 par la compagnie d'Erwin Piscator a` Berlin, est perc¸u, selon un critique de l'e´poque, comme «plus qu'un drame», «plus que de l'Art».C'est la vie de l'auteur, c'est l'Allemagne des anne´es 1920, et ses de´chirements. Ernst Toller s'exile en 1933 aux E´tats- Unis, ou` il se suicide en 1939.
    La pre´sente adaptation en franc¸ais, par Ce´sar Gattegno et Be´atrice Perregaux, fut cre´e´e au The´a^tre Ge´rard Philippe en 1966.

  • Pendant vingt ans, le dramaturge Toller (1893-1939) fut, plus que Brecht ou Horvath et peut-être même que Georg Kaiser, le sismographe des problèmes sociaux, humains et politiques de son époque.
    L'art et la vie de Toller sont indissociables. Son art est le reflet plus ou moins transposé de ce qu'il a vécu. Mais pour Toller, l'art ne saurait se contenter d'être un simple témoignage : il doit aboutir à une prise de conscience et devenir l'instrument d'une pensée politique visant à transformer la société. Le théâtre redevient, comme chez Schiller, " institution morale. " S'il fut pleinement engagé dans la lutte sociale, Toller refusa toujours d'être embrigadé et de se faire le porte-parole d'un parti, de promettre un paradis communiste sur terre.
    Il était conscient que l'homme ne se résume pas en sa dimension politique. Au-delà des souffrances " surmontables " qu'une société plus juste pourrait abolir ou atténuer, le " mystère de l'existence " subsiste : l'être humain reste seul, confronté aux forces " cosmiques ", à une souffrance tragique, inéluctable. Cette vision, que Toller partage avec Büchner et Georg Kaiser, fait la profondeur et la grandeur de son théâtre.

  • Après sa libération (en 1924), accaparé par ses activités de conférencier, de défenseur du pacifisme, Toller n'écrit que relativement peu pour le théâtre ; pourtant il est dans les années vingt, avec Georg Kaiser et Gerhart Hauptmann, l'auteur dramatique allemand le plus joué dans son pays comme à l'étranger.
    Devenu plus critique, plus objectif, son style se rapproche de ce qu'on appelle la " Neue Sachlichkeit (nouvelle objectivité) " ; les scènes oniriques disparaissent. Après 1933, ses oeuvres ne seront éditées de son vivant qu'en traduction anglaise. Nie wieder Friede ! parut en 1937 à Londres sous le titre No more peace !, avec des couplets de W. H. Auden. Sa dernière pièce, Pastor Hall, publiée en 1939 dans la version de Stephen Spender et Hugh Hunt, devra attendre 1947 avant d'être montée sur une scène allemande et 1978 pour être imprimée dans sa langue originale.
    À partir de 1933, Toller ne retourne plus en Allemagne. Il passe quelques années en Suisse, en Angleterre, à Paris, où il écrit son autobiographie Une, jeunesse en Allemagne. Lors des rencontres du Pen-Club, dénonçant avec courage les crimes nazis, il devient le porte-parole des auteurs allemands en exil et une figure exemplaire pour tous ceux qui ont fini l'Allemagne hitlérienne. Otto Nebel nota le 21 juin 1934 dans son journal intime : " Le soir, nous sommes allés à Morat, lire les journaux.
    L'un deux rapportait le discours d'Ernst Toller lors du congrès du Pen-Club à Raguse. C'est la chose la plus courageuse qu'un écrivain ait jamais osé exprimer en cette époque monstrueusement hostile à l'esprit Chapeau ! " Tout au long de sa vie, Toller met son talent au service de la politique. Il est l'ami de Kurt Eisner, de Gandhi, de Nehru, d'Alfons Goldschmidt et de Franz Mehring. En 1938, il récolte des fonds pour soulager les victimes de la guerre d'Espagne.
    Affecté par la nouvelle de la chute de la République, abandonné par sa femme, démuni, il met un terme à ses jours le 22 mai 1939 dans un hôtel à New York.

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