Gallimard

  • Le lièvre

    Frédéric Boyer

    C'est l'histoire d'une année, peut-être deux, dans la vie d'un petit garçon. L'histoire d'une rencontre avec un personnage héroïque à ses yeux d'enfant de onze ou douze ans. Ce souvenir revient beaucoup plus tard, après qu'il a traversé plusieurs deuils, sous les mains d'un étrange thérapeute que le narrateur appelle le « chaman ». Le souvenir de virées magiques, pour s'arracher de sa famille en compagnie de cet homme hâbleur, drôle et violent. Perdu jusque dans sa passion pour la vie.
    C'est une matinée de chasse. La mort d'un lièvre. Un lièvre dont il faudra bien faire et dire quelque chose.
    Un cadavre encombrant qui mettra des années à réapparaître.

  • Une fée

    Frédéric Boyer

    Elle est très jeune.
    Elle vient de l'Est en ruine, de l'Est tombé. Son frère l'a vendue à un réseau de prostitution. Elle, elle croit qu'elle va avoir un vrai travail, comme on dit, un vrai travail à l'Ouest, avec tous ses mirages, même si elle ne sait pas très bien en quoi ce travail va consister. Mais d'abord on la balade à travers tous ces pays défaits, dans le flou de frontières interchangeables, pour effacer les traces.
    Enfin elle arrive à Vienne où Monsieur va veiller à son rendement, à sa docilité. Oh, elle va être parfaite en quelque sorte : soumise, toujours prête. Trop passive, peut-être, absente, les clients n'aiment pas ça. Et puis un jour elle tuera Monsieur, bien sûr. Ailleurs pour toujours, loin, très loin de l'horreur ordinaire de gens qui commettent le crime comme ils feraient autre chose, indifférents et las, fatigués.
    Comme si rien ne devait jamais changer.

  • Cody doit sortir de prison.
    Tom est chargé de l'aider à retrouver l'équilibre dehors. entre eux, il y a ce seuil à franchir, le monde à réapprivoiser. les gens libres n'imaginent pas la somme mélancolique de connaissances et de familiarités qui vous écrase le coeur après des années d'enfermement. une somme de riens. il faut savoir s'habiller, réclamer son dû, imaginer un emploi du temps. ce n'est pas juste qu'un homme ait à souffrir des choses idiotes et douces de l'existence quotidienne.
    Et comme la plupart d'entre nous, tom n'a pas prévu d'aider l'autre au-delà d'une certaine limite - à ce point mystérieux oú l'exigence absolue en même temps que très précaire de la fatigue d'autrui nous entraîne vers une violence inconnue. comme il est facile de perdre patience dans l'exercice toujours inachevé de la réciprocité ! comme on y perd vite le goût d'être un ami, quelqu'un sur qui l'autre peut compter ! celui que découragent les plus petits détails de l'existence, avec son lot quotidien d'idioties savantes, a soudain quelque chose d'un gros monstre pathétique dont on ne sait plus quoi faire.

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