Langue française

  • Le lièvre

    Frédéric Boyer

    C'est l'histoire d'une année, peut-être deux, dans la vie d'un petit garçon. L'histoire d'une rencontre avec un personnage héroïque à ses yeux d'enfant de onze ou douze ans. Ce souvenir revient beaucoup plus tard, après qu'il a traversé plusieurs deuils, sous les mains d'un étrange thérapeute que le narrateur appelle le « chaman ». Le souvenir de virées magiques, pour s'arracher de sa famille en compagnie de cet homme hâbleur, drôle et violent. Perdu jusque dans sa passion pour la vie.
    C'est une matinée de chasse. La mort d'un lièvre. Un lièvre dont il faudra bien faire et dire quelque chose.
    Un cadavre encombrant qui mettra des années à réapparaître.

  • Une mise en images contemporaine de 35 grands récits de l'Ancien Testament, de la Genèse au Livre de Daniel, faisant appel aux nouvelles façons de dessiner et d'écrire aujourd'hui.

    Des histoires immortelles à travers lesquelles se jouent les grandes questions contemporaines: justice amour, guerre, pouvoir, exil et migrations...

  • "Je suis reconnaissant d'être encore en vie et en même temps terrifié de l'être toujours. Mais je n'ai pas d'idée exacte envers qui ou quoi je devrais être reconnaissant d'être toujours là. Redevable de qui ou quoi. C'est bien une question que je me serai toujours posée. Quelle serait la dette à payer. Cette question m'a frappé, percé comme une flèche invisible, après la mort accidentelle, tragique, en juillet 2017, de la femme que j'aimais, et celle, tout autant terrible et inattendue, quelques mois plus tard à peine, en janvier 2018, de mon éditeur et ami, Paul Otchakovsky-Laurens.
    Les blessures sont toujours là, sous le soleil de la vie. Les flèches vibrent. Leur éclat m'aveugle encore". Frédéric Boyer, depuis deux ans, écrit des chroniques dans le quotidien La Croix, puis dans l'hebdomadaire La Croix-L'hebdo où il raconte, à partir de sa vie personnelle, son rapport au monde. Il les publie à présent, revues et augmentées. Et leur force littéraire, spirituelle et politique est éclatante.

  • Frédéric Boyer a écrit les trois poèmes qui composent ce livre après la mort tra- gique de sa compagne, l'été dernier.
    Le premier, qui donne son titre au livre, et se construit autour de la lettre A, initiale du prénom de la morte, est une invocation, tout autant qu'une évocation, un texte pour dire la douleur, la stupéfaction, l'incompréhension.
    Le deuxième est « Une Lettre » à celle qui a disparu, une lamentation et une interro- gation.
    Le troisième, qui s'intitule « Les Vies », élargit l'interrogation sur la mort, qui sous- tend le livre entier, aux autres vies dans laquelle s'insérait celle qui n'est plus.
    Ces trois poèmes font ensemble plus qu'un livre de deuil. On y voit passer une ombre qui fut vivante, on y voit de la vie, plus forte que la mort.

  • Là où le coeur attend est un titre emprunté au texte biblique des Lamentations. Texte de plainte dans l'exil et le malheur qui définit l'espoir comme un mouvement de retour vers l'intimité profonde, physique, de chaque personne. Intimité qui est attente, tension. Et que ce lieu-là vienne à être détruit ou oublié, c'est la dignité de la personne même qui s'en trouve détruite. Ce livre est à la fois le récit et l'étude de cette question qui est autant personnelle que collective. Autant philosophique que poli- tique.

    Il arrive dans la vie de chacun de perdre pied. De vouloir en finir. De ne plus trouver nulle part en soi et à l'extérieur la force nécessaire pour poursuivre. Cet événement, qui éveille en nous souvent un sentiment de honte ou de confusion, parfois de déni et de reproche chez les autres, est ici l'événement qui a décidé d'un travail d'enquête et d'exégèse. Qu'avons-nous perdu alors ? Et que devons-nous retrouver ?

    C'est l'espérance.

    Et cela devient le sujet du livre. D'autant plus que notre monde aujourd'hui traverse une curieuse et douloureuse absence d'espérance. Frédéric Boyer dénonce la déconstruction contempo- raine de l'espérance où la probabilité des algorithmes a remplacé le possible. Une pensée du temps à venir, d'une fin des temps comprise comme temps pour changer notre rapport au temps. Question politique, théologique et très personnelle à la fois.

    Frédéric Boyer raconte comment cette épreuve intime fut aussi un voyage dans les textes, une véritable expérience de traduction de soi dans la traduction des autres, par les textes. Il en vient ainsi à proposer une nouvelle approche de la traduction dans notre culture. Toute existence est traduction.

  • Le fait d'être humain ne procède pas uniquement de nous-mêmes, comme le fait d'être d'une culture, d'une histoire ne procède pas d'un seul autre, ou d'un seul semblable, mais de l'ensemble des autres, de tous les semblables, et plus loin encore de l'autre à venir, du dissemblable, de l'étranger, de l'autre culture, de l'autre histoire. Où et comment se pose la question de l'honneur à cet instant ? N'est-ce pas à cette pliure que fait courir à l'espèce le mépris, l'incompréhension, le refus de l'autre ?
    Aujourd'hui nous devons faire face. Et savoir d'instinct, savoir sans le comprendre que la seule force, la seule valeur, la seule dignité, c'est de ne pas comprendre si comprendre nous fait renoncer à l'amour de l'autre. Voilà ce qui fonde, voilà ce qui fait la légitimité non seulement d'une existence mais de toute communauté.

  • Rappeler Roland

    Frédéric Boyer

    Le thème de la bataille et de ses représentations dans notre culture est au coeur de la proposition de Frédéric Boyer.
    Il s'est intéressé à l'écriture de cette épopée, la Chanson de Roland, la première en langue française, le premier grand texte français qui s'éprend de la défaite pour chanter la gloire d'un empire fantasmé (celui de Charlemagne), 350 ans après les faits, et au moment où l'Europe médiévale se lance dans les croisades. Frédéric Boyer va jusqu'à interroger la lente déformation de la légende médiévale dans l'Europe de la Renaissance. Le fantôme de Roland est partout présent. Il semble gêner jusqu'au merveilleux Don Quichotte qui en fait un de ses modèles certes, mais avec difficulté devant la folie, la fureur qu'on lui prête alors.
    Quelles blessures, quel trauma cherche-t-on à exorciser avec une telle création ?
    Raconter la bataille (ou la représenter), au-delà de ses fonctions politiques, religieuses, idéologiques, a d'autres effets et sans doute d'autres origines.

    Rappeler Roland est un triptyque composé d'un texte original, « Rappeler Roland », monologue écrit pour la scène dont la création se fera en deux temps, à l'auditorium du musée du Louvre le 19 janvier 2012 et à la Comédie de Reims en mars 2013 ; d'une nouvelle traduction intégrale de la Chanson de Roland (version du manuscrit d'Oxford qui date du XIIe siècle) qui tente d'offrir en français contemporain une version en décasyllabes avec respect de la césure épique (4 + 6) ; et d'un essai, « Cahier Roland » (se battre est une fête), consacré au thème de la bataille et du combat dans notre culture, à partir de l'histoire mystérieuse de la Chanson de Roland.
    Aujourd'hui Frédéric Boyer veut rappeler Roland... Dans les mots et dans les défaites contemporaines. Dans les guerres que nous n'avons pas connues et les batailles que d'autres livrent pour nous aux confins d'un monde déchiré.

  • Yeux noirs

    Frédéric Boyer

    Un petit garçon a dû faire une rencontre si troublante qu'il doit, devenu adulte, en raconter l'oubli.
    C'est ainsi l'histoire d'un souvenir perdu qu'il fait l'effort de raconter.
    Il n'y a de revenants qu'eux, les souvenirs. Le narrateur fait l'expérience de cette possession imaginaire des souvenirs. Nous pensons qu'ils nous appartiennent, qu'ils sont nôtres, tandis que ce sont eux qui nous possèdent. Le récit devient une opération de délivrance, d'aveu au sens que donnait à ce mot saint Augustin (confessio). Et d'autant plus que ce livre ne parle que d'une chose : l'amour. Sa révélation, son apprentissage, ses errements et ses erreurs, ses folies et sa misère. Le narrateur revisite ainsi son enfance jusqu'à sa petite enfance, sa jeunesse jusqu'à sa maturité. Ce qu'il a reçu de l'amour, le magnétisme des corps, et les corps, les visages, les histoires uniques et répétées. Une jeunesse d'autrefois entre secret et libération, une éducation qui ne répond plus à rien ni de rien. Salut par l'amour et damnation tout autant, l'entrée dans l'âge adulte, si tôt.
    On retrouve ici le lyrisme fiévreux et contenu de Frédéric Boyer, celui de ses romans et de ses récits autobiographiques, son immense culture philosophique qui leur donne cette profondeur, cette résonnance unique dans notre littérature contemporaine.

  • Dans ma prairie

    Frédéric Boyer

    'Rejoindre ma prairie je vous en prie laissez-moi.' Dans ma prairie est un long poème incantatoire (un peu sur le modèle de Vaches qui elles aussi aimeraient rejoindre leur prairie...) pour tenter d'évoquer un lieu à la fois intime et universel, imaginai

  • Conçu par M/M (Paris), ce livre-objet documente, de manière photographique ainsi que par un texte de Frédéric Boyer, la pièce intitulée La Faculté, une tragédie contemporaine inscrite dans la vie de la jeunesse d'aujourd'hui, dont le texte à été créé par Christophe Honoré et mis en scène par Éric Vigner « La Faculté c'est un spectacle d'Éric Vigner sur un texte de Christophe Honoré. La Faculté fut créé par Éric Vigner au Festival d'Avignon en 2012 dans la cour du lycée Mistral. Alain Fonteray a photographié le spectacle et ce sont ces photographies qui m'ont fait découvrir La Faculté. Bénédicte Vigner m'a demandé d'écrire un texte à partir de ces photographies. Sans avoir vu ni le spectacle ni lu le texte de Christophe Honoré. J'ai regardé chez moi les photographies d'Alain Fonteray pendant plusieurs jours, plusieurs mois, et à des heures différentes. Jusqu'à en oublier l'origine, la réalité de ces images. Jusqu'à ce point troublant de persécution des images. Rien n'arrive plus que l'absence de ces images. Ce que j'étais en train de voir je ne l'ai jamais vu. Et puis j'ai commencé à écrire. J'ai commencé à écrire ce dont précisément je savais qu'il me serait impossible d'atteindre. L'événement du spectacle. L'incarnation des mots de Christophe Honoré. Certaines nuits je me réveillais en pensant à ces photographies. À ce qui s'était passé ou pas. Il arrive que des oeuvres répondent à d'autres oeuvres qu'elles ne connaissent pas. Que des oeuvres se répondent comme aussi des personnes se rencontrent sans se voir ni même se connaître. Mais quelque chose a lieu d'une reconnaissance. Moi j'ai vu dans ces photographies le souvenir vivant d'un scandale. Celui de la jeunesse. J'ai compris que la question de toute tragédie, de toute représentation théâtrale, c'est le contemporain qui s'adresse en nous à l'oubli le plus ancien. C'est l'Antiquité de notre monde comme une réalité neuve, brillante, et comme une blessure.
    Plus tard j'ai vu enfin le spectacle La Faculté.
    Ce que j'ai vu alors je l'avais vu pour toujours. » Frédéric Boyer

  • Peur, j'ai si peur.
    Je n'ai pu l'oublier... Nuit noire. Pas de mémoire. Et pour ne plus l'aimer cent fois j'ai combattu chacune et chacun d'entre nous. J'ai cherché des sujets au-delà de la terre et dans des pays inconnus à leurs habitants, des déserts que le ciel refuse d'éclairer. Ouvre les yeux. Quelqu'un m'attend dans ces lieux, dans ces temps. C'est dans ma tête.
    Avec les gestes oubliés.

  • Vaches

    Frédéric Boyer

    « Les vaches aimaient la pluie. » Une phrase si simple, si commune dans sa structure, et cependant inimitable. On y reconnaîtrait Frédéric Boyer entre mille. Est-ce l'emploi de l'imparfait pour cette proposition qui d'un coup la déplace du c&oci rc;té du mythe ? Ou lui donne une infinie tristesse ? Des phrases comme celle-là, Vaches en est rempli.
    Ce livre bref, tout entier consacré à ce qu'il y a de permanent et d'éphémère dans l'idée même de vache, et dans cette réalité à la fois massive et énigmatique, ce livre profondément nostalgique est aussi un traité de philosophie poétique, ou de poésie philosophique. Y sont interrogées de la manière la plus tendrement triviale, incarnée, notre présence, notre fuit e, nos angoisses.
    « L'animal de son corps dans la création. L'animal néant c'est elle. C'est la vache. »

  • J'ai cru très tôt à toutes ces choses qu'on raconte sur l'amour - en bien comme en mal.
    Mais sans jamais voir comment ni pourquoi. J'ai longtemps fait comme celui qui apprend par coeur la chose par son nom mais ne connaît rien de ce qu'elle est. J'ai cru que de nos corps pouvaient sortir l'enfer et le paradis. Mais une fois en enfer je me suis cru au paradis.

  • Une fée

    Frédéric Boyer

    Elle est très jeune.
    Elle vient de l'Est en ruine, de l'Est tombé. Son frère l'a vendue à un réseau de prostitution. Elle, elle croit qu'elle va avoir un vrai travail, comme on dit, un vrai travail à l'Ouest, avec tous ses mirages, même si elle ne sait pas très bien en quoi ce travail va consister. Mais d'abord on la balade à travers tous ces pays défaits, dans le flou de frontières interchangeables, pour effacer les traces.
    Enfin elle arrive à Vienne où Monsieur va veiller à son rendement, à sa docilité. Oh, elle va être parfaite en quelque sorte : soumise, toujours prête. Trop passive, peut-être, absente, les clients n'aiment pas ça. Et puis un jour elle tuera Monsieur, bien sûr. Ailleurs pour toujours, loin, très loin de l'horreur ordinaire de gens qui commettent le crime comme ils feraient autre chose, indifférents et las, fatigués.
    Comme si rien ne devait jamais changer.

  • Tu as déjà tué un rhinocéros toi ? demande le petit garçon.
    Lui : Oui et non. Le petit garçon : Et La maman qui est morte tu l'as tuée? Lui : Je ne sais pas. Ça m'est égal. II ne faut pas avoir peur de tuer. Le petit garçon :Tout le monde a déjà tué quelqu'un. Lui : Oui. Tout le monde a déjà tué ou tuera. Le petit garçon : Moi je ne vais pas mourir par exemple dès que tu seras parti ? Lui : Personne ne meurt jamais.

  • Orphée

    Frédéric Boyer

    Orphée ou Docteur Love ? La mort ou l'amour ? Mais il y a tant d'amour dans la mort et tant de mort dans chaque amour. La tentation n'est bien sûr jamais d'en revenir ou de s'en sortir. Mais sûrement d'y aller. Les yeux ouverts. Aimer comme mourir.

  • Le Code d'Hammurabi , qui est au centre de ce livre, se présente comme une grande stèle de 2,5 mètres de haut, en basalte. La stèle, conservée au Louvre, porte l'inscription de décisions de justice formant code et rendues par Hammurabi afin que « le fort n'opprime pas le faible ».
    Les différents « articles » du Code d'Hammurabi fixent les règles de la vie courante et touchent aux rapports qui unissent les groupes sociaux, la famille, l'armée, la vie religieuse et la vie économique. Elles ont toujours trait à des situations très précises concernant les vols, les prêts, les honoraires, les contrats, les fermages, les débiteurs insolvables, les esclaves fugitifs, le statut de la femme. Il n'y a pas d'idée générale ni de concepts abstraits exprimés pour justifier telle ou telle disposition, il n'y a pas non plus d'ordre logique dans la présentation.

    Bien sûr, le texte, bref, de Frédéric Boyer, fortement scandé, déclamatoire, emporté, n'est pas un texte de droit, il n'est pas non plus une étude historique. Mais il se sert du droit et de l'histoire pour parler d'aujourd'hui et de toujours. Aujourd'hui, sur l'emplacement de Babylone où Hammurabi fut roi, en Irak, a lieu une guerre qui n'en finit pas. Depuis toujours le droit ne fait que constater des rapports de force qu'il peine à infléchir. Hammurabi Hammurabi est le chant double de ce conflit.

    « Oui. J'étais soldat dans la 31e année du règne de Hammurabi. J'ai rasé la moitié de mes cheveux. J'ai calfaté mon coeur. J'ai renversé la plaine. Je suis mort à zéro heure quarante dans mon véhicule de combat. Oh quelqu'un m'a rattrapé. Je pense à toi. Ça y est. Je suis un soldat mort. Mon corps dans un sac hermétique fait le voyage en hélicoptère Apache. Soleil brûlant. Direction le ciel. C'est la loi. Plus d'histoire. »

  • Cody doit sortir de prison.
    Tom est chargé de l'aider à retrouver l'équilibre dehors. entre eux, il y a ce seuil à franchir, le monde à réapprivoiser. les gens libres n'imaginent pas la somme mélancolique de connaissances et de familiarités qui vous écrase le coeur après des années d'enfermement. une somme de riens. il faut savoir s'habiller, réclamer son dû, imaginer un emploi du temps. ce n'est pas juste qu'un homme ait à souffrir des choses idiotes et douces de l'existence quotidienne.
    Et comme la plupart d'entre nous, tom n'a pas prévu d'aider l'autre au-delà d'une certaine limite - à ce point mystérieux oú l'exigence absolue en même temps que très précaire de la fatigue d'autrui nous entraîne vers une violence inconnue. comme il est facile de perdre patience dans l'exercice toujours inachevé de la réciprocité ! comme on y perd vite le goût d'être un ami, quelqu'un sur qui l'autre peut compter ! celui que découragent les plus petits détails de l'existence, avec son lot quotidien d'idioties savantes, a soudain quelque chose d'un gros monstre pathétique dont on ne sait plus quoi faire.

  • Que cherchons-nous à sauver de l'oubli ? Les mots de nos pères nous abandonnent.
    Noirceur et faiblesse, les Écritures ne fixent rien, quelque passion que nous mettions à le nier. Elles indiquent l'exil dans lequel nous nous trouvons. Elles nous renvoient à la tâche d'écrire les Écritures. C'est sans doute cela qui nous fait si peur aujourd'hui. Comme si ce qui s'est écrit hier et qui nous fut transmis pouvait ne plus jamais avoir à s'écrire. Annuler le risque en quelque sorte.

  • Patraque

    Frédéric Boyer

    Patraque est un livre de littérature et de philosophie. Non pas un livre hybride qui hésiterait entre deux genres, entre deux registres mais un livre rare qui tresse la pensée à la littérature, une pensée déliée, libre, circulante, à la littérature dans ce qu'elle peut avoir d'intuitif, d'irrationnel. Cela donne un mixte très étonnant, extrêmement original dans sa facture comme dans sa tonalité. Familier, proche, et exigeant à la fois. Un livre qui se lit comme un roman, comme on dit, et qui cependant fouille, retourne et questionne notre présence au monde.
    On croise dans ce livre Wittgenstein, Bouvard et Pécuchet, Arendt, et beaucoup d'autres avec lesquels le narrateur engage un dialogue sans contraintes («Qui pourrait comptabiliser les voix qui nous parlent depuis que nous existons, depuis qu'existe la voix humaine? [...] J'entends des voix. Je suis hanté par d'innombrables voix. On peut dire ça comme ça.» Ces conversations viennent rythmer ce récit qui est celui d'une détresse contemporaine et le relancent en même temps qu'ils lui donnent un écho universel.

  • Mes amis mes amis

    Frédéric Boyer

    La nuit du 13 au 14 décembre 2003 un homme tente de se donner la mort. Quand il revient à lui, et dans les semaines qui suivent, il s'adresse à ses amis dans un long poème.

  • C'est la voix d'une femme d'aujourd'hui. Elle s'appelle Louise. Elle parle d'un amant qu'elle aurait eu. C'est le roman des voix qui peuplent l'existence de Louise (le mari, l'amant, les ami(e)s, le père...). Louise entend des voix parce que nous sommes tous faits des voix des autres, amies ou ennemies, anonymes ou célèbres. L'existence humaine est cette conversation infinie qui mêle à ce que nous pensons être des vérités et des hypothèses. Louise découvre qu'il n'y a pas d'amour sans langage ni sans esprit. Qu'il n'y a rien de vraisemblable qui ne soit pas, d'une certaine façon, absurde.
    Toute vie humaine se passe en conjectures. Une vie c'est autant ce qui aurait pu être que ce qui a été. Tout ce qui nous arrive est double et incertain.
    Nous entendons des voix. Nous ne les écoutons pas toujours. C'est ce qu'on appelle la vie civilisée, traversée de sauvagerie, d'incompréhensible. Ces voix parlent depuis l'aube de la pensée et de la culture. Philosophes, poètes, penseurs. Elles accompagnent toute histoire. Dans ce drôle de roman à la forme ainattendue, l'auteur les fait apparaître par bribes à mesure que Louise se perd dans l'histoire qu'elle ne reconnaît pas et qu'elle doit saluer comme étant la sienne. C'est-à-dire la nôtre. Une histoire faite de rencontres et de divorces, de présences et de fantômes.

  • Dans ces sept textes, Frédéric Boyer étudie et interroge l'oeuvre de Dostoïevski (romans, carnets, personnages emblématiques) ainsi que certains textes évangéliques, des essais de Patockà, La Recherche. L'oeuvre de Dostoïevski est éclairée par ce regard qui y voit la mise en scène d'un monde qui s'accomplit aujourd'hui, un monde qui n'a jamais autant souffert de la responsabilité. Son actualité est à chercher dans la traversée de la violence et du mal comme dernier chemin vers l'énigme de l'autre.

  • Le dieu qui était mort si jeune est un emportement, un texte de foi. Dans un mouvement excessif, c´est-à-dire à l´opposé de la sagesse et de la raison, haletant, éperdu, il chante la gloire de Jésus en tant qu´homme parmi les hommes, homme parmi ses frères. Il éclaire la démarche littéraire et philosophique de Frédéric Boyer en même temps qu´il la prolonge.
    Frédéric Boyer est un écrivain chrétien. Son attitude singulière, y compris pour ceux qui se réclament de la même foi, n'est pas dans l'acceptation, elle est dans la colère, dans la violence, la recherche et le risque.

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