Littérature générale

  • Le lièvre

    Frédéric Boyer

    C'est l'histoire d'une année, peut-être deux, dans la vie d'un petit garçon. L'histoire d'une rencontre avec un personnage héroïque à ses yeux d'enfant de onze ou douze ans. Ce souvenir revient beaucoup plus tard, après qu'il a traversé plusieurs deuils, sous les mains d'un étrange thérapeute que le narrateur appelle le « chaman ». Le souvenir de virées magiques, pour s'arracher de sa famille en compagnie de cet homme hâbleur, drôle et violent. Perdu jusque dans sa passion pour la vie.
    C'est une matinée de chasse. La mort d'un lièvre. Un lièvre dont il faudra bien faire et dire quelque chose.
    Un cadavre encombrant qui mettra des années à réapparaître.

  • Frédéric Boyer a écrit les trois poèmes qui composent ce livre après la mort tra- gique de sa compagne, l'été dernier.
    Le premier, qui donne son titre au livre, et se construit autour de la lettre A, initiale du prénom de la morte, est une invocation, tout autant qu'une évocation, un texte pour dire la douleur, la stupéfaction, l'incompréhension.
    Le deuxième est « Une Lettre » à celle qui a disparu, une lamentation et une interro- gation.
    Le troisième, qui s'intitule « Les Vies », élargit l'interrogation sur la mort, qui sous- tend le livre entier, aux autres vies dans laquelle s'insérait celle qui n'est plus.
    Ces trois poèmes font ensemble plus qu'un livre de deuil. On y voit passer une ombre qui fut vivante, on y voit de la vie, plus forte que la mort.

  • Là où le coeur attend est un titre emprunté au texte biblique des Lamentations. Texte de plainte dans l'exil et le malheur qui définit l'espoir comme un mouvement de retour vers l'intimité profonde, physique, de chaque personne. Intimité qui est attente, tension. Et que ce lieu-là vienne à être détruit ou oublié, c'est la dignité de la personne même qui s'en trouve détruite. Ce livre est à la fois le récit et l'étude de cette question qui est autant personnelle que collective. Autant philosophique que poli- tique.

    Il arrive dans la vie de chacun de perdre pied. De vouloir en finir. De ne plus trouver nulle part en soi et à l'extérieur la force nécessaire pour poursuivre. Cet événement, qui éveille en nous souvent un sentiment de honte ou de confusion, parfois de déni et de reproche chez les autres, est ici l'événement qui a décidé d'un travail d'enquête et d'exégèse. Qu'avons-nous perdu alors ? Et que devons-nous retrouver ?

    C'est l'espérance.

    Et cela devient le sujet du livre. D'autant plus que notre monde aujourd'hui traverse une curieuse et douloureuse absence d'espérance. Frédéric Boyer dénonce la déconstruction contempo- raine de l'espérance où la probabilité des algorithmes a remplacé le possible. Une pensée du temps à venir, d'une fin des temps comprise comme temps pour changer notre rapport au temps. Question politique, théologique et très personnelle à la fois.

    Frédéric Boyer raconte comment cette épreuve intime fut aussi un voyage dans les textes, une véritable expérience de traduction de soi dans la traduction des autres, par les textes. Il en vient ainsi à proposer une nouvelle approche de la traduction dans notre culture. Toute existence est traduction.

  • Kâmasûtra

    Frédéric Boyer

    Ces versets ont plus de mille cinq cents ans. Ils ont été rédigés dans une langue ancienne, le sanscrit, quelque part, dit-on, dans le nord-est de l'Inde, au bord du Gange. Ils sont extraits d'un « petit livre» (selon l'expression du texte lui-même), divisé en sept parties, et datant probablement du III" ou IV' siècle de notre ère, le Kâmasûtra. On y découvre l'étrange dilemme d'une culture savante et antique confrontée au plaisir sexuel, à sa recherche, et à sa signification. Renoncer à la satisfaction des pulsions, vertige destructeur, et éventuellement sublimer ce refoulement, ou rédiger les conditions culturelles d'une satisfaction nécessaire (et pour qui? et pour quoi? et de quelles façons en parler?) L'Inde ancienne des brahmanes a ceci de particulier qu'elle a favorisé une sorte de diversité cognitive, souvent dissonante et plus ou moins simultanée, dans laquelle chacun peut disposer d'une connaissance pratique de différents savoirs, techniques, croyances, représentations. Sur près de mille ans au moins, on a su rédiger une science plurielle qui portait sur la grammaire, la religion, la logique, la guerre autant que sur les chevaux, les éléphants, la danse, la vie domestique, la médecine,la musique, l'astronomie, l'élevage, l'agronomie ... L'Inde ancienne, à l'époque Il Kâmasûtra du Kâmasûtra, représente aussi un grand fourre-tout de croyances locales et de traditions, de connaissances multiples, avec la nécessité d'ordonner, de hiérarchiser la diversité du monde. Accompagné de cette volonté inlassable de penser et de prévenir la confusion, le mélange (samkara).
    Ces versets ont plus de mille cinq cents ans. Ils ont été rédigés dans une langue ancienne, le sanscrit, quelque part, dit-on, dans le nord-est de l'Inde, au bord du Gange. Ils sont extraits d'un « petit livre» (selon l'expression du texte lui-même), divisé en sept parties, et datant probablement du III" ou IV' siècle de notre ère, le Kâmasûtra. On y découvre l'étrange dilemme d'une culture savante et antique confrontée au plaisir sexuel, à sa recherche, et à sa signification. Renoncer à la satisfaction des pulsions, vertige destructeur, et éventuellement sublimer ce refoulement, ou rédiger les conditions culturelles d'une satisfaction nécessaire (et pour qui? et pour quoi? et de quelles façons en parler?) L'Inde ancienne des brahmanes a ceci de particulier qu'elle a favorisé une sorte de diversité cognitive, souvent dissonante et plus ou moins simultanée, dans laquelle chacun peut disposer d'une connaissance pratique de différents savoirs, techniques, croyances, représentations. Sur près de mille ans au moins, on a su rédiger une science plurielle qui portait sur la grammaire, la religion, la logique, la guerre autant que sur les chevaux, les éléphants, la danse, la vie domestique, la médecine,la musique, l'astronomie, l'élevage, l'agronomie ... L'Inde ancienne, à l'époque Il Kâmasûtra du Kâmasûtra, représente aussi un grand fourre-tout de croyances locales et de traditions, de connaissances multiples, avec la nécessité d'ordonner, de hiérarchiser la diversité du monde. Accompagné de cette volonté inlassable de penser et de prévenir la confusion, le mélange (samkara). La connaissance relève ici à la fois de la taxinomie, de la description, de la proscription et de l'exception. C'est le monde des sâstra, traités versifiés de droit, textes d'enseignement et d'étude qui produisent une sorte de lecture et de description raisonnée infinie du monde. Le verbe sas signifiant à la fois punir et enseigner, un peu comme notre mot discipline en français. Ce monde est distribué selon une trilogie supérieure (en sanscrit trivarga, les trois significations discriminantes qui confèrent les buts de l'existence humaine, purusârtha) : dharma (l'ordre universel, les principes, les devoirs sacrés de toute existence), artha (la création de richesses et la puissance matérielle d'une existence, la prospérité), et kâma (le plaisir sexuel, amoureux, la sensualité, le désir). On commence toujours par ce trio pour parler grammaire, architecture, danse, médecine ou musique ... C'est dire que le plaisir est reconnu traditionnellement comme une des trois finalités supérieures du brahmanisme, et que les buts sexuels ne sont pas forcément en contradiction avec le jeu social.

  • Rappeler Roland

    Frédéric Boyer

    Le thème de la bataille et de ses représentations dans notre culture est au coeur de la proposition de Frédéric Boyer.
    Il s'est intéressé à l'écriture de cette épopée, la Chanson de Roland, la première en langue française, le premier grand texte français qui s'éprend de la défaite pour chanter la gloire d'un empire fantasmé (celui de Charlemagne), 350 ans après les faits, et au moment où l'Europe médiévale se lance dans les croisades. Frédéric Boyer va jusqu'à interroger la lente déformation de la légende médiévale dans l'Europe de la Renaissance. Le fantôme de Roland est partout présent. Il semble gêner jusqu'au merveilleux Don Quichotte qui en fait un de ses modèles certes, mais avec difficulté devant la folie, la fureur qu'on lui prête alors.
    Quelles blessures, quel trauma cherche-t-on à exorciser avec une telle création ?
    Raconter la bataille (ou la représenter), au-delà de ses fonctions politiques, religieuses, idéologiques, a d'autres effets et sans doute d'autres origines.

    Rappeler Roland est un triptyque composé d'un texte original, « Rappeler Roland », monologue écrit pour la scène dont la création se fera en deux temps, à l'auditorium du musée du Louvre le 19 janvier 2012 et à la Comédie de Reims en mars 2013 ; d'une nouvelle traduction intégrale de la Chanson de Roland (version du manuscrit d'Oxford qui date du XIIe siècle) qui tente d'offrir en français contemporain une version en décasyllabes avec respect de la césure épique (4 + 6) ; et d'un essai, « Cahier Roland » (se battre est une fête), consacré au thème de la bataille et du combat dans notre culture, à partir de l'histoire mystérieuse de la Chanson de Roland.
    Aujourd'hui Frédéric Boyer veut rappeler Roland... Dans les mots et dans les défaites contemporaines. Dans les guerres que nous n'avons pas connues et les batailles que d'autres livrent pour nous aux confins d'un monde déchiré.

  • Yeux noirs

    Frédéric Boyer

    Un petit garçon a dû faire une rencontre si troublante qu'il doit, devenu adulte, en raconter l'oubli.
    C'est ainsi l'histoire d'un souvenir perdu qu'il fait l'effort de raconter.
    Il n'y a de revenants qu'eux, les souvenirs. Le narrateur fait l'expérience de cette possession imaginaire des souvenirs. Nous pensons qu'ils nous appartiennent, qu'ils sont nôtres, tandis que ce sont eux qui nous possèdent. Le récit devient une opération de délivrance, d'aveu au sens que donnait à ce mot saint Augustin (confessio). Et d'autant plus que ce livre ne parle que d'une chose : l'amour. Sa révélation, son apprentissage, ses errements et ses erreurs, ses folies et sa misère. Le narrateur revisite ainsi son enfance jusqu'à sa petite enfance, sa jeunesse jusqu'à sa maturité. Ce qu'il a reçu de l'amour, le magnétisme des corps, et les corps, les visages, les histoires uniques et répétées. Une jeunesse d'autrefois entre secret et libération, une éducation qui ne répond plus à rien ni de rien. Salut par l'amour et damnation tout autant, l'entrée dans l'âge adulte, si tôt.
    On retrouve ici le lyrisme fiévreux et contenu de Frédéric Boyer, celui de ses romans et de ses récits autobiographiques, son immense culture philosophique qui leur donne cette profondeur, cette résonnance unique dans notre littérature contemporaine.

  • Dans ma prairie

    Frédéric Boyer

    'Rejoindre ma prairie je vous en prie laissez-moi.' Dans ma prairie est un long poème incantatoire (un peu sur le modèle de Vaches qui elles aussi aimeraient rejoindre leur prairie...) pour tenter d'évoquer un lieu à la fois intime et universel, imaginai

  • Peur, j'ai si peur.
    Je n'ai pu l'oublier... Nuit noire. Pas de mémoire. Et pour ne plus l'aimer cent fois j'ai combattu chacune et chacun d'entre nous. J'ai cherché des sujets au-delà de la terre et dans des pays inconnus à leurs habitants, des déserts que le ciel refuse d'éclairer. Ouvre les yeux. Quelqu'un m'attend dans ces lieux, dans ces temps. C'est dans ma tête.
    Avec les gestes oubliés.

  • Vaches

    Frédéric Boyer

    « Les vaches aimaient la pluie. » Une phrase si simple, si commune dans sa structure, et cependant inimitable. On y reconnaîtrait Frédéric Boyer entre mille. Est-ce l'emploi de l'imparfait pour cette proposition qui d'un coup la déplace du c&oci rc;té du mythe ? Ou lui donne une infinie tristesse ? Des phrases comme celle-là, Vaches en est rempli.
    Ce livre bref, tout entier consacré à ce qu'il y a de permanent et d'éphémère dans l'idée même de vache, et dans cette réalité à la fois massive et énigmatique, ce livre profondément nostalgique est aussi un traité de philosophie poétique, ou de poésie philosophique. Y sont interrogées de la manière la plus tendrement triviale, incarnée, notre présence, notre fuit e, nos angoisses.
    « L'animal de son corps dans la création. L'animal néant c'est elle. C'est la vache. »

  • J'ai cru très tôt à toutes ces choses qu'on raconte sur l'amour - en bien comme en mal.
    Mais sans jamais voir comment ni pourquoi. J'ai longtemps fait comme celui qui apprend par coeur la chose par son nom mais ne connaît rien de ce qu'elle est. J'ai cru que de nos corps pouvaient sortir l'enfer et le paradis. Mais une fois en enfer je me suis cru au paradis.

  • Une fée

    Frédéric Boyer

    Elle est très jeune.
    Elle vient de l'Est en ruine, de l'Est tombé. Son frère l'a vendue à un réseau de prostitution. Elle, elle croit qu'elle va avoir un vrai travail, comme on dit, un vrai travail à l'Ouest, avec tous ses mirages, même si elle ne sait pas très bien en quoi ce travail va consister. Mais d'abord on la balade à travers tous ces pays défaits, dans le flou de frontières interchangeables, pour effacer les traces.
    Enfin elle arrive à Vienne où Monsieur va veiller à son rendement, à sa docilité. Oh, elle va être parfaite en quelque sorte : soumise, toujours prête. Trop passive, peut-être, absente, les clients n'aiment pas ça. Et puis un jour elle tuera Monsieur, bien sûr. Ailleurs pour toujours, loin, très loin de l'horreur ordinaire de gens qui commettent le crime comme ils feraient autre chose, indifférents et las, fatigués.
    Comme si rien ne devait jamais changer.

  • Tu as déjà tué un rhinocéros toi ? demande le petit garçon.
    Lui : Oui et non. Le petit garçon : Et La maman qui est morte tu l'as tuée? Lui : Je ne sais pas. Ça m'est égal. II ne faut pas avoir peur de tuer. Le petit garçon :Tout le monde a déjà tué quelqu'un. Lui : Oui. Tout le monde a déjà tué ou tuera. Le petit garçon : Moi je ne vais pas mourir par exemple dès que tu seras parti ? Lui : Personne ne meurt jamais.

  • Orphée

    Frédéric Boyer

    Orphée ou Docteur Love ? La mort ou l'amour ? Mais il y a tant d'amour dans la mort et tant de mort dans chaque amour. La tentation n'est bien sûr jamais d'en revenir ou de s'en sortir. Mais sûrement d'y aller. Les yeux ouverts. Aimer comme mourir.

  • Le Code d'Hammurabi , qui est au centre de ce livre, se présente comme une grande stèle de 2,5 mètres de haut, en basalte. La stèle, conservée au Louvre, porte l'inscription de décisions de justice formant code et rendues par Hammurabi afin que « le fort n'opprime pas le faible ».
    Les différents « articles » du Code d'Hammurabi fixent les règles de la vie courante et touchent aux rapports qui unissent les groupes sociaux, la famille, l'armée, la vie religieuse et la vie économique. Elles ont toujours trait à des situations très précises concernant les vols, les prêts, les honoraires, les contrats, les fermages, les débiteurs insolvables, les esclaves fugitifs, le statut de la femme. Il n'y a pas d'idée générale ni de concepts abstraits exprimés pour justifier telle ou telle disposition, il n'y a pas non plus d'ordre logique dans la présentation.

    Bien sûr, le texte, bref, de Frédéric Boyer, fortement scandé, déclamatoire, emporté, n'est pas un texte de droit, il n'est pas non plus une étude historique. Mais il se sert du droit et de l'histoire pour parler d'aujourd'hui et de toujours. Aujourd'hui, sur l'emplacement de Babylone où Hammurabi fut roi, en Irak, a lieu une guerre qui n'en finit pas. Depuis toujours le droit ne fait que constater des rapports de force qu'il peine à infléchir. Hammurabi Hammurabi est le chant double de ce conflit.

    « Oui. J'étais soldat dans la 31e année du règne de Hammurabi. J'ai rasé la moitié de mes cheveux. J'ai calfaté mon coeur. J'ai renversé la plaine. Je suis mort à zéro heure quarante dans mon véhicule de combat. Oh quelqu'un m'a rattrapé. Je pense à toi. Ça y est. Je suis un soldat mort. Mon corps dans un sac hermétique fait le voyage en hélicoptère Apache. Soleil brûlant. Direction le ciel. C'est la loi. Plus d'histoire. »

  • Cody doit sortir de prison.
    Tom est chargé de l'aider à retrouver l'équilibre dehors. entre eux, il y a ce seuil à franchir, le monde à réapprivoiser. les gens libres n'imaginent pas la somme mélancolique de connaissances et de familiarités qui vous écrase le coeur après des années d'enfermement. une somme de riens. il faut savoir s'habiller, réclamer son dû, imaginer un emploi du temps. ce n'est pas juste qu'un homme ait à souffrir des choses idiotes et douces de l'existence quotidienne.
    Et comme la plupart d'entre nous, tom n'a pas prévu d'aider l'autre au-delà d'une certaine limite - à ce point mystérieux oú l'exigence absolue en même temps que très précaire de la fatigue d'autrui nous entraîne vers une violence inconnue. comme il est facile de perdre patience dans l'exercice toujours inachevé de la réciprocité ! comme on y perd vite le goût d'être un ami, quelqu'un sur qui l'autre peut compter ! celui que découragent les plus petits détails de l'existence, avec son lot quotidien d'idioties savantes, a soudain quelque chose d'un gros monstre pathétique dont on ne sait plus quoi faire.

  • Patraque

    Frédéric Boyer

    Patraque est un livre de littérature et de philosophie. Non pas un livre hybride qui hésiterait entre deux genres, entre deux registres mais un livre rare qui tresse la pensée à la littérature, une pensée déliée, libre, circulante, à la littérature dans ce qu'elle peut avoir d'intuitif, d'irrationnel. Cela donne un mixte très étonnant, extrêmement original dans sa facture comme dans sa tonalité. Familier, proche, et exigeant à la fois. Un livre qui se lit comme un roman, comme on dit, et qui cependant fouille, retourne et questionne notre présence au monde.
    On croise dans ce livre Wittgenstein, Bouvard et Pécuchet, Arendt, et beaucoup d'autres avec lesquels le narrateur engage un dialogue sans contraintes («Qui pourrait comptabiliser les voix qui nous parlent depuis que nous existons, depuis qu'existe la voix humaine? [...] J'entends des voix. Je suis hanté par d'innombrables voix. On peut dire ça comme ça.» Ces conversations viennent rythmer ce récit qui est celui d'une détresse contemporaine et le relancent en même temps qu'ils lui donnent un écho universel.

  • Mes amis mes amis

    Frédéric Boyer

    La nuit du 13 au 14 décembre 2003 un homme tente de se donner la mort. Quand il revient à lui, et dans les semaines qui suivent, il s'adresse à ses amis dans un long poème.

  • C'est la voix d'une femme d'aujourd'hui. Elle s'appelle Louise. Elle parle d'un amant qu'elle aurait eu. C'est le roman des voix qui peuplent l'existence de Louise (le mari, l'amant, les ami(e)s, le père...). Louise entend des voix parce que nous sommes tous faits des voix des autres, amies ou ennemies, anonymes ou célèbres. L'existence humaine est cette conversation infinie qui mêle à ce que nous pensons être des vérités et des hypothèses. Louise découvre qu'il n'y a pas d'amour sans langage ni sans esprit. Qu'il n'y a rien de vraisemblable qui ne soit pas, d'une certaine façon, absurde.
    Toute vie humaine se passe en conjectures. Une vie c'est autant ce qui aurait pu être que ce qui a été. Tout ce qui nous arrive est double et incertain.
    Nous entendons des voix. Nous ne les écoutons pas toujours. C'est ce qu'on appelle la vie civilisée, traversée de sauvagerie, d'incompréhensible. Ces voix parlent depuis l'aube de la pensée et de la culture. Philosophes, poètes, penseurs. Elles accompagnent toute histoire. Dans ce drôle de roman à la forme ainattendue, l'auteur les fait apparaître par bribes à mesure que Louise se perd dans l'histoire qu'elle ne reconnaît pas et qu'elle doit saluer comme étant la sienne. C'est-à-dire la nôtre. Une histoire faite de rencontres et de divorces, de présences et de fantômes.

  • Dans ces sept textes, Frédéric Boyer étudie et interroge l'oeuvre de Dostoïevski (romans, carnets, personnages emblématiques) ainsi que certains textes évangéliques, des essais de Patockà, La Recherche. L'oeuvre de Dostoïevski est éclairée par ce regard qui y voit la mise en scène d'un monde qui s'accomplit aujourd'hui, un monde qui n'a jamais autant souffert de la responsabilité. Son actualité est à chercher dans la traversée de la violence et du mal comme dernier chemin vers l'énigme de l'autre.

  • Le dieu qui était mort si jeune est un emportement, un texte de foi. Dans un mouvement excessif, c´est-à-dire à l´opposé de la sagesse et de la raison, haletant, éperdu, il chante la gloire de Jésus en tant qu´homme parmi les hommes, homme parmi ses frères. Il éclaire la démarche littéraire et philosophique de Frédéric Boyer en même temps qu´il la prolonge.
    Frédéric Boyer est un écrivain chrétien. Son attitude singulière, y compris pour ceux qui se réclament de la même foi, n'est pas dans l'acceptation, elle est dans la colère, dans la violence, la recherche et le risque.

  • Mauvais vivants

    Frédéric Boyer

    • P.o.l
    • 9 Octobre 2003

    Les treize histoires de ce livre appartiennent à la douceur des existences modernes, hors de toute loi ancienne, échappées de la page écrite des lois où nous avions appris à lire le mot péché.
    Aujourd'hui, tout le monde aime les histoires de meurtre familial, d'assassinat, de crime d'amour, et les voisines blondes. Notre erreur est de tendre l'oreille aux histoires des autres, aux nouvelles abominables que racontent les gens, de nous émouvoir collectivement à propos de crimes contre lesquels nous ne pouvons rien.
    Nous sommes naïvement persuadés d'avoir échappé au pire. Pourtant le capitalisme bâtisseur de nos origines a fait de nous de petits tueurs de faits divers, les héros anonymes de crimes passionnels, des tueurs en série, tout en produisant des quantités inouïes d'automobiles, de yaourts, de crèmes glacées, de produits de consommation.

  • Personne ne verrait la ressemblance.
    Elle n'existe pas. Mon père n'a probablement rien de Charlot. Mais j'ai toujours cherché à ne pas connaître mon père, à me le rendre mystérieux et drôle. Nous n'avons jamais parlé tous les deux. Ce qu'on appelle parler entre un père et un fils. C'est la raison pour laquelle très vite, si tôt, je l'ai identifié à ce personnage du cinéma muet. Le gagman - cet aventurier solitaire et fraternel qui ne s'arrête jamais, qui occupe toutes les places et les abandonne toutes.
    A la fois suspect et innocent. J'ai relu toute notre histoire de petite classe moyenne avec les catégories de cet événement, la mort du cinéma muet. Avec les significations spirituelles et politiques du gag cinématographique.

  • Songs

    Frédéric Boyer

    • P.o.l
    • 15 Mai 2003

    Cela s'appelle songs. Petites formes empruntées à l'anonymat de cette voix familière, cruelle, qui parle au coeur du chant humain de l'existence ordinaire. Ça chante pour dire que l'inhumaine voix parle. Les songs restent au bord du chant dans l'enchaînement des paroles entendues et abandonnées, dans l'usure de la voix humaine. Et dans le désir défait des airs anciens. Il faut en accepter l'hypothèse. C'est cela que l'expression cassée de rock'n'roll tente encore de faire entendre. La voix qui parle et ne s'entend plus que dans les rythmes effacés du très ancien, très pauvre petit désir de chanter que l'on a tous, un soir, au fond de la gorge.

  • Abraham remix

    Frédéric Boyer

    Abraham aimait les maisons éclairées, les drapeaux flottant au vent, les stades qui se remplissent, les statues dans les parcs.
    Il savait qu'il aimait ça. Le destin avait pour lui la figure d'un petit calendrier de poche. Abraham ne connaissait pas de grandes espérances, il n'y a pas de grandes espérances, pas de grandes espérances, et vivait avec la peur de se perdre qui vient toujours trop tard mais bon, impossible de tout comprendre. Impossible ont dit les nomades du désert, impossible ont dit les Indiens d'Amérique du Nord, impossible ont dit les enfants ultraviolents, impossible ont dit les conducteurs automobiles somnambules sur les mêmes périphériques des grandes métropoles.
    Le mot impossible est lancé à toute vitesse sur des rails noirs. Ça roule à tombeau ouvert et ça écrase tout au passage.

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