Hachette Litteratures

  • Le revenant

    René Belletto

    Le destin met la main sur Marc à Barcelone, le tourne dans la direction des enfers et pousse un bon coup. Marc, docile, suit le mouvement.

    Le piège (infernal) s'est mis en place.

    La mort lui ravit des êtres chers. Et voilà qu'on veut à toute force lui arracher un secret dont il ne connait pas un traitre mot. Et il a beau se débarrasser des revolvers que le destin lui fourre entre les mains, d'autres les remplacent aussitôt. De sorte que malgré qu'il en ait les cadavres se mettent à fleurir le long de sa route. (II arrive qu'il prenne le temp de les enterrer, à minuit, avec l'aide de son ami Miguel.) Lui-même meurt plusieurs fois, ou peu s'en faut.

    A Nice, il s'accroche à Annie, le temps d'une halte amoureuse. (Reconnaissons qu'il s'accroche bien : à l'aube, note-t-il du fond de sa détresse, le lit clapotait comme un gué franchi au grand galop par un troupeau d'éléphants.) Après Nice, l'Italie, terre de ses ancêtres. Long, long voyage de retour. Sera-ce un retour simple ? commence-t-on sérieusement à se demander. Car le destin se réjouit : croyant s'éloigner des màchoires du piège prêtes à se refermer dans un claquement de tonnerre, Marc se précipite dedans, il fonce vers la Sicile ! D'ailleurs il est toujours le premier là où il ne devrait pas être. Et c'est un as du volant. Même avec une voiture loqueteuse, il ne craint personne. (Sauf, précise-t-il honnêtement, un conducteur de Porsche ancien pilote de course portant d'urgence un médicament à sa mère mourante, là il faudrait voir.) Etrange engrenage. Si étrange et terrible que finalement c'est le lecteur qui n'en revient pas.

  • Film noir

    René Belletto

    Film noir contient trois parties (quatre, avec celle-ci, et même cinq etc., si l'on admet les yeux fermés que tout chiffre est aussi le chiffre supérieur : un est deux, deux est trois, six est sept, etc.), trois parties à la fois distinctes et profondément unies.

    La deuxième semble donner plus volontiers son titre à l'ouvrage : il s'agit du résumé d'un film noir qui tiendra bouche ouverte le lecteur le mieux nourri et lui fera dévorer, mieux, avaler toute l'histoire malgré qu'il en ait.

    La première est comme le négatif de la deuxième. Le narrateur est maintenant prisonnier d'une chambre obscure qui parfois, hélas, prend le jour. Tout ce qui va suivre, autrement résumé, se reconnaît, mais mal, dans son joyeux monologue de sourd.

    La troisième, enfin, est une suite de jeux de mots tire-bouchonnants, autant dire peut-être une spirale, ou encore une reprise de ce qui précède sous forme d'un montage retors des chutes.

    Etc.

    Film (mince couche d'une matière) noir, résumé et commentaire pénétrants, quatre images sens dessus dessous, double jeu roué (réel et fictif, un et deux, vif et mort, guerre et paix, lecture et écriture, blessure et cicatrice, jour et nuit, mobile et immobile, ici et là, et tant d'autres), ces trois parties (quatre, etc.), à la fois distinctes et profondément unies, trahissent entre autres l'angoisse de la surface et aussi bien de sa percée.

empty