Liber

  • L´heure, semble-t-il, n´est plus aux tergiversations. La planète serait à l´agonie. Les signes en seraient partout visibles, dans le moindre comportement de chacun, dans la plus infime émission de dioxyde de carbone. Le capitalisme, dans sa version néolibérale, serait forcément l´incarnation même du mal qui ronge la planète. Pour comprendre comment nous en sommes arrivés à agiter une telle menace existentielle, et pour bien saisir l´efficacité mobilisatrice du discours qui la suscite, il faut revenir sur des moments clés du mouvement environnementaliste et de l´écologisme. Les discours ne surgissent pas ex nihilo, et ils ont non seulement une histoire, mais aussi et surtout une façon propre de procéder. Cet ouvrage propose de voir comment le discours écologiste a pu se constituer en fait social total afin de réguler les comportements dans le sens d´une vaste entreprise hygiéniste et sanitaire à la grandeur de la planète.

  • Le philosophe américain Allan Bloom disait des gens de notre époque qu´ils étaient des « romantiques désenchantés ». Certes, nous serions encore attachés aux idéaux du romantisme (amour inconditionnel qui triomphe de tous les obstacles, passion qui se mue en union durable, don de soi jusqu´au sacrifice.), mais nous aurions aussi de plus en plus de mal à croire à ces idéaux. Le rapport ambivalent entre nos sentiments et l´imaginaire amoureux dont nous avons hérité invite à la réflexion. Qu´est-ce que l´amour ? Quelles sont ses sources et ses composantes essentielles ? Que pouvons-nous en espérer ? Ces questions, l´auteur a voulu y réfléchir, avec pour principaux moyens les outils du philosophe et le soutien de la littérature (Stendhal et Austen, entre autres). Il démontre, chemin faisant, que le romantisme nous offre encore, malgré tout, certains des secrets du ravissement amoureux, que nous pouvons y puiser ce qui nous convient aujourd´hui pour, peut-être, ré-enchanter nos amours.

  • Les dénonciations d'inconduites sexuelles, qui se multiplient dans les universités américaines, ont à juste titre de quoi nous inquiéter, qu'il s'agisse d'allégations de viol, d'agressions sexuelles ou de faveurs obtenues par la contrainte. Mais sont aussi condamnées les fréquentations entre professeurs et étudiants adultes, de même que les « avances non désirées », et tout geste ambigu que l'on s'empresse de signaler comme contribuant à un « climat hostile ». Or ces dénonciations sont pour plusieurs administrées à même les universités plutôt que par un système de justice reconnu. Elles mènent souvent à des accusations, à des procès irréguliers et à des ententes chèrement payées dans lesquelles s'engagent, pour acheter la paix et ne pas compromettre leur réputation, les universités elles-mêmes. Celles et ceux qui se risquent à sortir du silence pour critiquer les excès bureaucratiques, comme cela a été le cas de Laura Kipnis, font à leur tour l'objet de mises en garde, de plaintes, de poursuites, voire de congédiements. Études interrompues, carrières brisées, méfiance généralisée, luttes sans quartier : tel est le régime du sexe polémique auquel les établissements américains du haut savoir sont actuellement soumis. Comment en est-on arrivé là ? Comment en sortir ? Dans ce portrait au vitriol du monde universitaire, Laura Kipnis médite ces questions. Faute d'avoir compris les avancées du féminisme, qui devait favoriser l'autonomie et la liberté, les étudiants, professeurs et administrations s'empêtrent dans le maquis défraîchi de la féminité victimaire et du pouvoir prétendument inébranlable des hommes de tout acabit. Et l'on voit ainsi la paranoïa s'emparer de l'université.

  • De même que les individus ont une généalogie, les sociétés s'appuient sur plusieurs piliers culturels, qui eux-mêmes sont le produit de rencontres plus anciennes. C'est ainsi que la rencontre du monde attique (la Cité-État d'Athènes) et de la culture perse serait à l'origine de la révolution philosophique de la Grèce antique, dont l'influence se prolonge jusqu'à nos jours, constituant ce que nous appellerons le pilier gréco-romain. De l'autre côté de la Méditerranée, en Asie mineure et en Afrique du Nord, on peut repérer une influence des cultures mésopotamiennes ou égyptiennes sur le judaïsme, et de la culture grecque sur le christianisme naissant. À partir de la conversion de l'empereur Constantin au christianisme, se mettra en place, dans le monde gallo-romain, un fort pilier judéo-chrétien, qui continue lui aussi à influencer la marche du monde occidental. Si ces deux premiers piliers ont généré un grand nombre de figures paternelles, à commencer par Dieu le Père, le troisième, que nous qualifierons de pilier occidental, a donné et continue à donner plus de places aux figures maternelles, expliquant par exemple l'importance qu'a prise le culte de Marie à partir de la christianisation de la Gaule. En ces temps post-féministes, il paraît important de faire vivre des mythes qui, souvent, donnent sa pleine place à la puissance du féminin.

  • De même que les individus ont une généalogie, les sociétés s'appuient sur plusieurs piliers culturels, qui eux-mêmes sont le produit de rencontres plus anciennes. Après avoir abordé le pilier gréco-romain (vol. 1), ce deuxième volume d'un ouvrage collectif consacré aux grands récits occidentaux s'intéresse cette fois à la culture judéo-chrétienne. À partir de la conversion au christianisme de l'empereur Constantin, se met en place, dans le monde gallo-romain, un fort pilier judéo-chrétien qui continue à influer sur la marche du monde occidental, malgré le déclin de la religiosité. Que nous disent ces récits que notre mémoire collective a conservés ? Que nous révèlent-ils du monde qu'ils ont contribué à ériger ? En quoi nos « récits de vie » individuels trouvent-ils bien souvent leur ancrage dans ces « grands récits » expliquant le collectif ? C'est à faire voir certaines des ramifications essentielles de ce riche héritage que s'appliquent les essais rassemblés ici.

  • L´approche phénoménologique constitue une manière d´exercer le métier de la relation d´aide sans quecela devienne une affaire surtout technique. En psychopathologie la tradition phéno-ménologique est peu connue. Elle n´en est pas moins bien vivante. Aussi, dans une intention didactique et introductive, cet ouvrage en propose des clés de lecture au travers la contribution de ses plus importants représentants : Ludwig Binswanger, Wolfgang Blankenburg, Medard Boss, Karl Jaspers, Henri Maldiney, Rollo May, Eugène Minkowski, Jacques Schotte, Hubertus Tellenbach et Jan Hendrik van den Berg.

  • Ce livre s'inspire de l'article de Donald Winnicott : "La haine dans le contre-transfert". Cet article est issu d'un texte que Winnicott avait présenté à la Société britannique de psychanalyse, le 5 février 1947 sous le titre de "Quelques observations sur la haine". Il y aborde des thèmes devenus depuis centraux pour la psychanalyse : la haine que les psychanalystes peuvent éprouver à l'égard de leurs analysants mais aussi celle que les psychiatres manifestent par la violence même de leurs méthodes et, enfin, la haine des mères envers leurs enfants. Winnicott adoptait une démarche qui était et qui demeure provocatrice, à tel point que nombreux sont ceux parmi les analystes à préférer ne pas en tenir compte. Le sujet dont il s'agit dans ce fameux article est Masud Khan que Winnicott ne mentionne jamais directement. Khan est un jeune psychanalyste d'origine pakistanaise qui devint membre de la Société britannique de psychanalyse après avoir été analysé par Winnicott. De plus, Khan a été pendant plus d'une vingtaine d'années le collaborateur de ce dernier et a participé à l'édition de nombreux de ses écrits qui ont fait sa renommée. Les deux psychanalystes ont été tour à tour analyste et analysant, collaborateurs et adversaires. Autant l'un est affable et complaisant, autant l'autre est exubérant et agressif ; mais ils partagent aussi une égale créativité intellectuelle. Entre eux, il y a admiration et concurrence, amour et haine. C'est l'aventure commune de ces deux hommes que raconte ce livre.

  • La formule « plénitude ontologique du vide » signifie que le vide n'est pas un néant, un rien ou une absence définitive mais, au contraire, l'affirmation en son autosuffisance de la présence à l'état pur. Le vide est plein de la présence pure, mieux il s'identifie à elle. De l'atomisme antique à la révolution scientifique en passant par la Renaissance, de Démocrite à Newton, d'Aristote à Descartes en tant que ses plus éminents adversaires, le vide n'a cessé de hanter tant le champ de la métaphysique que celui de la science, celui de l'expérience comme celui de l'imaginaire. Après avoir tenté de l'expulser de la physique au moyen de la notion d'éther, la cosmologie contemporaine redécouvre le rôle essentiel du vide dans le devenir et peut-être l'origine de l'univers. Aujourd'hui, c'est au tour de la métaphysique de soupeser à nouveaux frais le poids du vide dans le cadre de la problématique qui lui est propre. Après un siècle de dépassement, de déconstruction et autre célébration de la fin de la métaphysique, l'intention est de démontrer ici que, loin d'être oublieuse de la question de l'être, elle a pensé celle-ci avec une portée et une acuité sans égales.

  • Selfies coquins, vitrines électroniques, lingerie érotique, gifs pornos, love dolls : dissolu et fastueux, cru et surexposé, le porno triomphe et prolifère partout, des mailles du réseau aux contextes urbains, des écrans médiatiques aux interstices du quotidien ; il envahit les trames de la vie publique, surchauffe les connexions électroniques et imprègne d'humeurs la socialité contemporaine. Il se fait ambiance. Quelles sont les origines et la généalogie de cette scène convulsée ? Quels sont ses effets ? Ce livre a pour but d'appréhender la signification, plutôt que de la pornographie, de ce que les auteurs suggèrent de définir comme la pornoculture contemporaine, au sens où l'on n'a plus affaire à un secteur de niche de l'offre médiatique, mais à un axe symbolique, un paradigme esthétique, une sensibilité diffuse de notre temps et du contexte occidental. En observant jusqu'à ses conséquences les plus extrêmes le lien intime entre l'érotisme et la mort ici à l'oeuvre, cet essai entrevoit dans l'irruption de la pornoculture, par delà le bien et le mal, le déclin du sujet moderne et les premiers sursauts d'une nouvelle chair dont il est désormais urgent de comprendre la forme, le sens et l'éthique. « Dans une perspective transdisciplinaire embrassant sociologie de l'imaginaire, philosophie, culture visuelle, film, pornet genderstudies, sciences de la communication et esthétique, nous entendons ici prendre acte, avec la complicité du lecteur, de l'actuelle rupture épistémologique qui émane du tissu sociétal, captée par les médias et incarnée dans les styles de vie contemporains, dont la pornoculture semble être la cause et l'effet - un changement de paradigme dense de conséquences pour les temps à venir. »

  • Pendant tout un mois, à l'époque des vacances, le grand-père accueille dans sa maison ses petites-filles, Elsa et Pauline. Il est psychanalyste et elles ont l'adolescence curieuse. « Mais en quoi consiste exactement ton travail ? », demandent-elles. Et c'est ainsi que de fil en aiguille, de la rencontre psychanalytique à l'inconscient, en passant par les rêves et les actes manqués, ils brossent pendant vingt soirées, un portrait vivant, joyeux et touchant de la psychanalyse dans le plaisir manifeste d'une conversation où se transmettent un savoir, une pratique, une passion. « J'avais en effet toujours refusé de vous parler de mon métier, et ce soupir me le faisait regretter. Comme une faute et presque une injustice à votre égard. Et aussi une insulte à votre curiosité. Pour essayer de justifier ma réticence à vous répondre, je vous dirais que trop de gens me demandent de leur expliquer la psychanalyse, alors qu'au fond ils ne veulent qu'être confortés dans ce qu'ils croient savoir de cette expérience. Ils enfilent les idées toutes faites qui traînent un peu partout et finissent, avec plus ou moins de talent, par dénigrer cette pratique. Au nom du bon sens ou de la morale ambiante. Et chaque fois un sentiment de tristesse m'envahit après ces discussions qui ne mènent à rien. »

  • Comment, depuis ses processus et ses fantasmes originaires, le sujet humain s'inscrit-il dans ses filiations ? Comment accède-t-il dans sa culture à son propre espace et à son propre temps ? C'est en croisant les traditions de pensée arabo-musulmane et occidentale qu'il s'agit ici, en partant du corps sur lequel s'étayent les organisateurs culturels, de mettre en lumière les différents registres sociaux et métapsychologiques qui contribuent au devenir du sujet dans le monde. En se plaçant résolument dans une perspective transculturelle et en évitant les dogmatismes cliniques, Essedik Jeddi dégage les divers champs de signification qu'un événement subjectif peut ouvrir pour l'individu et le collectif, jusque dans l'expérience psychotique et ce qu'elle représente pour les soignants. Il constate alors que l'aliénation corporelle, psychique et culturelle dont témoignent les malades psychiatriques exprime un refoulé originaire, tant psychologique que social. En puisant à plusieurs disciplines : psychiatrie, psychanalyse, psychophysiologie, anthropologie, sociologie, il fait ainsi apparaître les mécanismes et les paradoxes psychiques et socioculturels qui conduisent de nombreux individus contemporains à se vivre étrangers dans leur propre culture.

  • « Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux, c'est le suicide », disait Albert Camus. Oui, mais il existe mille façons de parler du suicide et autant de se suicider. La mort volontaire n'est pas ce qu'on pense généralement. Elle ne se réduit pas à un acte choisi, à un événement précis. À preuve : Charles Bukowski. Son existence s'apparente à un suicide lent qui s'accomplit chaque jour. Ce qu'on voit chez lui d'une manière évidente, c'est une échappatoire à l'existence : jeu, alcool, sexe, fainéantise, indifférence même à toute chose. Si l'existence n'est pas toujours facile, souvent absurde, Bukowski plus que Camus l'a montré. Mais on persiste à donner raison à celui-ci et non au premier. On continue de prétendre qu'il faut non pas abandonner, mais se révolter: là serait notre seule condition. La philosophie est-elle bien cette révolte dont parle le philosophe français ? Menée dans une perspective radicale cette réflexion sur notre rapport à la mort, à la haine et à l'existence répond à cette question. L'auteur développe ici deux versants d'une même interrogation sur le sens de la vie et de la liberté (politique et individuelle) à travers la révolte camusienne et l'indignité bukowskienne. Camus contre Bukowski ? La philosophie contre la littérature ? Cela n'est pas aussi manichéen mais les deux auteurs, ici mis face à face, montrent deux voies divergentes, deux manières de se positionner radicalement face à l'existence et face à la politique.

  • L'accompagnement compte mille et un visages et se présente sous une multitude d'aspects sous diverses appellations - mentorat, coaching, tutorat, jumelage, parrainage. Il se pratique dans de multiples champs d'activité, dans divers cadres et selon des modalités elles aussi distinctes : apprentissage, formation, enseignement, compassion (assistance aux malades et démunis) et bien d'autres. De nos jours, il peut passer par le web ou les applications numériques et utilise même des robots. Cet ouvrage brosse le portrait de ses formes, de ses outils et de ses missions. Il s'adresse à toutes les personnes qui le pratiquent déjà, à celles qui désirent s'engager dans une démarche d'accompagnement et à celles qui veulent simplement en approfondir la compréhension : ses origines, ses différentes formes, les différents types de relation de soutien, les outils technologiques, etc.

  • Je tiens que c'est toujours par hasard que le point de jonction de la langue et du monde se trouve. Certains, pour s'y aider, louent un divan. Comme tout le monde, ils se demandent : « Que vais-je faire de ma vie ? » Longtemps ils ne savent pas. Et soudain, c'est l'illumination : « Psychanalyste ! Je ne vois que psychanalyste pour m'en sortir ! » Alors ils revêtent l'armure, ils prennent la pose, ils s'inventent psychanalystes et finissent presque par croire que c'est vrai. Presque. Quelques garants, quelques grands référents les y aideront. Alors ils passent à l'acte et adressent leur prière à la cantonade : « Je vous en prie, venez, parlez-moi, et payez-moi ! ». Le dialogue qui est au coeur de ce livre est fait des réminiscences qui sont celles de l'auteur, tout à la fois de questions qu'il s'était lui-même posées, qu'il avait adressées à ses aînés, et de celles qui lui furent plus tard adressées lorsque à son tour il eut choisi de gagner sa vie à l'exercice de cette déconcertante discipline qu'est la psychanalyse. Affaire de transmission, donc, qui est affaire d'éthique.

  • La polémique n'est pas toujours bonne conseillère. Mais son piment n'est pas inutile pour donner quelque saveur à ces plats fort peu ragoûtants que l'on confectionne trop souvent dans les insipides arrière-cuisines universitaires. Elle est même parfois fort utile quand elle s'emploie à redynamiser un débat intellectuel languissant ou par trop conformiste. Débat et non critique ad hominem, ainsi que le réclamait Karl Marx lorsqu'il voulait invalider un de ses ennemis. Et il est fréquent dans la décadence contemporaine que certains continuent d'une manière adolescente à se poser en s'opposant. D'où les médisances, les calomnies, les à-peu-près, en bref l'agressivité de plus en plus répandue dans ces garderies d'enfants que sont devenues nos pauvres universités. Un essai corrosif et stimulant de Michel Maffesoli contre la bien-pensance intellectuelle et les lieux-communs de notre époque qui nous plombent dans un fatras idéologique, mélange indigeste d'individualisme, de rationalisme et d'inévitable utilitarisme. «J'ai souvent indiqué que la postmodernité, en son moment naissant, s'exprimait pour le meilleur et pour le pire. Le pire, ce sont les parodies et autres billevesées que l'on trouve, à loisir, chez les plagiaires, les scientistes mimant l'authentique science et les militants confondant le "savant" et le "politique". Chacun d'eux rationalisant en d'ennuyeuses parénèses ou de pédantes exhortations ce ludique qu'est, on ne peut plus, le monde de la postmodernité ». « Le meilleur, c'est qu'au-delà ou en deçà de ces amusements d'"enfants attardés", on voit resurgir ce que j'appellerais la "force invisible de l'imaginaire". Elle est en train de nettoyer le cloaque des lieux communs et autres conformismes qu'ils soient scientistes ou politistes. »

  • Cette vie en nous

    Pierre Bertrand

    • Liber
    • 21 Janvier 2013

    "Nous sommes des êtres fragiles et la réalité sociale dans laquelle nous nous trouvons en tient fort peu compte, nous proposant au contraire un idéal de performance ou d'excellence. Une part de ce qu'il y a en nous d'humain est oubliée, comme si nous avions honte de notre humanité et des imperfections qui lui sont inhérentes, et que nous nous rêvions surhumains, dieu ou machine. Il en a d'ailleurs toujours été ainsi sur le plan collectif.
    L'idéal de sainteté puis celui de sagesse ont précédé l'idéal d'excellence, l'idéal d'aujourd'hui. Toujours l'humanité de l'humain est déniée, telle une tare. Ces idéaux détruisent l'être humain, loin de l'aider à se développer et à réaliser la puissance de son être vivant. En fait, il s'agit d'abord et avant tout de voir la réalité telle qu'elle est. C'est grâce à la vision qu'une solution allant dans le sens de la puissance de vivre peut concrètement se trouver ou s'inventer au sein de la réalité telle qu'elle est.
    L'important est que la vision, même au sein de la répression, que celle-ci soit brutale ou douce, absurde ou argumentée, demeure intacte, que, mieux encore, elle soit rendue plus vive, plus aiguisée par le défi ou l'épreuve. La vision de la réalité est plus puissante que toute injonction émanant de l'idéal." Pierre Bertrand.

  • Petit traité de l'erreur

    Jean Robillard

    • Liber
    • 23 Juillet 2012

    L'objectif de ce livre est de préciser les différents sens que revêt le concept d'erreur, selon cinq grands types, sans doute les plus fondamentaux : l'erreur de raisonnement, l'erreur de jugement, l'erreur judiciaire, l'erreur scientifique et l'erreur morale. Mais les cinq études proposées visent aussi à introduire le lecteur à la philosophie qui se fait actuellement dans un dialogue fécond avec les sciences de la cognition.

  • Hiérarchies

    Louis Godbout

    • Liber
    • 31 Août 2010

    « Alors que la mode est au plan, à l'univers bidimensionnel des grandes surfaces, les hiérarchies qui suivent se veulent un rappel au volume, à l'épaisseur de la vie. Elles développent la troisième dimension, la hauteur, qui ne fait son apparition dans le monde qu'à travers le désir et le jugement de l'être humain. Presque toutes ces hiérarchies traduisent des jugements de valeur. Parmi les objections qu'on voudra leur faire ne pourra donc figurer celle d'être fausses. Il en est une cependant qu'on ne manquera d'élever contre elles : celle de ne représenter que la perspective singulière d'un homme, d'être trop personnelles pour valoir pour tous. Je ne demande pas mieux. Cela dit, établir ses propres hiérarchies n'est pas la même chose que réciter sa profession de foi. Il faut pouvoir dire non pas «voici les croyances, les principes, la philosophie qui forment depuis toujours le sillon de ma vie», mais plutôt «voici comment je vois les choses aujourd'hui, à partir du chantier, de l'expérience toujours ouverte de mon existence». À ceux qui n'ont jamais douté, ni jamais vécu ainsi à l'aventure, puisse ce très modeste recueil servir de provocation.» L. G.

  • Si le rêve n'est pas le propre de l'espèce humaine, l'homme est bien le seul à pouvoir le raconter et à n'avoir de cesse de l'interpréter.
    Et, au cours de l'histoire, il ne s'en est pas privé. Ainsi depuis toujours il a voulu inventorier les symboles des rêves, il s'est demandé s'il y avait une différence entre rêves du soir et rêves du matin, si c'était Dieu ou le diable qui lui parlait la nuit, si c'est ainsi que le destin se laissait deviner. Des plus anciens témoignages en matière de rêve jusqu'à la théorie psychanalytique contemporaine, en passant par la littérature et par les croyances des sociétés archaïques et celles des textes sacrés des grands monothéismes, cet ouvrage est à la fois un passionnant voyage à travers les cultures et un rappel que, dans l'essentielle intimité qui est la sienne, le "rêve est une rencontre avec nous-mêmes".

  • « Ai-je déjà existé aux yeux de mon père ? Je n'en ai aucun souvenir, mais combien il a manqué à ma vue, ce père qui ne pouvait me voir tant il était habité par quelque chose de terrible, une chose qui, toujours de manière inattendue, venait le foudroyer. (...) À l'adolescence, cette culpabilité s'était cristallisée dans mon corps, comme s'infiltre sinueusement un mal, petit à petit, de telle sorte que le corps lui-même était devenu une chose repoussante, dégoûtante. La chose qui habitait mon père m'avait-elle infectée ? Chose certaine, les rares fois où mon père jetait un regard sur moi, je me sentais transparente et transpercée de la tête aux pieds. Les paranoïaques voient ce que les autres ne voient pas, ils voient l'invisible. Moi qui avais tant quêté son regard, désormais je le fuyais. » Ainsi Francine Godin commence-t-elle son récit pour expliquer ce qu'elle a longtemps été : une survivante traumatisée par le fait d'avoir échappé au destin tragique de sa famille, marquée par la folie d'un père, d'une soeur et d'un frère. Vie personnelle déstructurée, vie professionnelle marquée par la violence et la mort. Travaillant pour plusieurs programmes de développement international en Afrique (Sao Tomé, Ethiopie, Rwanda, Bénin), Francine Godin côtoie l'horreur d'un continent en plein chaos. Observatrice avertie, mais aussi complice d'un système, elle rend compte, sans fard, des dysfonctionnements d'organisations lourdes et lentes. Inclassable, ce livre plonge le lecteur dans ce que l'auteur appelle « toute la folie du monde ». La folie d'un père qui la marquera toute sa vie; la folie d'un continent déchiré par les guerres, les famines et les profiteurs. « Ce véritable voyage de ma vie, s'il fut douloureux, était le prix à payer pour ne plus courir après des chimères ».

  • Une société où l'aspiration à améliorer, maximiser, rehausser, augmenter, perfectionner l'être humain et ses performances par le biais des avancées technoscientifiques et biomédicales devient omniprésente et concrète. Régulièrement secoué par les affaires de dopage, le domaine du sport, à l'image de Lance Armstrong ou Oscar Pistorius, illustre mieux que tout autre cette aspiration à un humain amélioré. Ce phénomène touche en réalité toutes les composantes de notre société : usage de psychotropes pour accroître les capacités intellectuelles, sexuelles, ou mieux contrôler les émotions ; nouvelles technologies reproductives qui nourrissent de nouvelles formes d'eugénisme ; développement d'une médecine anti-âge qui oeuvre à l'effacement de toute trace du vieillissement ; projet de super soldat, etc. La quête biotechnologique de la perfection, portée sur son versant extrême par le transhumanisme et financée par des géants du Web tel que Google, nourrit même le fantasme, largement exploité par le cinéma et la littérature, de donner naissance à un être plus qu'humain, posthumain. L'ouvrage de Nicolas Le Dévédec montre que cette aspiration contemporaine à un humain amélioré marque le renversement complet de l'idéal humaniste et politique de la perfectibilité humaine formulé au siècle des Lumières. Il ne s'agit en effet désormais plus tant d'améliorer l'être humain dans et par la société que de l'adapter en le modifiant techniquement, avec tout ce que cela implique de désinvestissement politique. Comment un tel renversement et une telle dépolitisation de la perfectibilité ont pu avoir lieu ? C'est ce que cette étude permet de mieux comprendre à travers un vaste parcours socio-historique.

  • L'hospitalité est une qualité qui concerne la totalité des domaines de notre existence, privée comme publique, et se dit aussi bien de nos rapports aux personnes que de nos rapports aux choses, aux événements, aux environnements et aux situations : hospitalité que l'on attend d'espaces publics urbains accessibles ; hospitalité de la communauté politique, que l'on juge sévèrement lorsqu'elle se raidit ; hospitalité du marché du travail que les discriminations mettent à mal... Cet ouvrage s'attache aux mouvements de l'étranger qui vient à la communauté, mettant en question l'hospitalité de cette dernière et interrogeant la façon dont l'appartenance s'y éprouve. L'étranger ne sera pas ici figuré de la manière usuelle, sous les traits de l'« immigré » ou du « migrant ». Ce mouvement ne concerne pas uniquement l'immigré, loin s'en faut. En faisant dialoguer philosophie et sciences sociales, « Qu'est-ce que l'hospitalité ? » voudrait contribuer à l'élaboration d'une sociologie réaliste de l'étranger, afin de mieux penser les tensions de l'hospitalité et de l'appartenance, dont la composition concerne toute communauté, à quelque échelle que ce soit.

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